Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 76 (75) Cantique au Dieu lumineux et fantastique de Sion

Imprimer Par Christian Eeckhout, o.p.

1- Du maître de chant. Sur les instruments à cordes. D’Asaph. Cantique.

2- En Juda Dieu est connu

en Israël grand est son nom;

3- sa tente s’est fixée en Salem

et sa demeure en Sion;

4- là, il a brisé les éclairs de l’arc,

le bouclier, l’épée et la guerre.Pause

5- Lumineux que tu es, et célèbre

pour les monceaux de butin 6- qu’on leur a pris;

les braves ont dormi leur sommeil,

tous ces guerriers, les bras leur ont manqué;

7- sous ta menace, Dieu de Jacob,

char et cheval se sont figés.

8- Toi, toi le terrible ! Qui tiendra

devant ta face, sous le coup de ta fureur ?

9- Des cieux tu fais entendre la sentence,

la terre a peur et se tait

10- quand Dieu se dresse pour le jugement,

pour sauver tous les humbles de la terre.  Pause

11- La colère de l’homme te rend gloire,

des réchappés de la Colère, tu te ceindras;

12- faites des vœux, acquittez-les à Yahvé votre Dieu,

ceux qui l’entourent, faites offrande au Terrible;

13- il coupe le souffle des princes,

terrible aux rois de la terre.

© Les Éditions du Cerf 1998

Présentation

Comme l’indique notamment le premier verset qui dit sa place dans le Psautier biblique, ce psaume 76 est d’origine cultuelle et appartient à la collection « asafite », caractérisée par le thème du jugement divin, ici contre les Nations, par le rappel des hauts faits divins et la dimension communautaire. Cette collection vient a la suite des deux collections appelées « davidiques » (= 3 à 41 et 51 à 72), dont le caractère est plus individuel. C’est un hymne qui désigne Dieu comme « Dieu de Jacob » (v.7), ce qui est aussi typique des psaumes d’Asaph (cf. 75,10; 81,2.5). Leur composition pourrait bien provenir des cercles lévitiques de la Judée.

En considérant les deux « Pauses » au bout des vv. 4 et 10, nous pouvons considérer quatre strophes : vv. 2-4; 5-7; 8-10 et 11-13. La première strophe du Psaume 76 exprime la présence stable de Dieu Élōhîm (2a; 7a; 10a; 12a)en la demeure religieuse établie sur les hauteurs, dans la cité de Sion, ce qui deviendra de plus en plus la ville sainte de Jérusalem, le lieu où Dieu fait habiter son Nom (Shem cf. Jl 4,17). L’espérance que Dieu réalise la fin des conflits (Jl 4,19; Za 9,10) est déjà exprimée au Ps 46,10. De là vient en partie la croyance en l’inviolabilité de Sion, pour autant que Dieu soit réellement en elle, qu’il y est accueilli et qu’il lui soit donné la première place dans le fond du cœur des hommes ! Ce cantique célèbre au moins une victoire remportée grâce à l’intervention de Dieu.

Dans la deuxième strophe, au v. 5, l’auteur du Ps 76 qualifie Dieu de « lumineux », rappelant ainsi que Dieu est non seulement le créateur de la lumière mais est revêtu de lumière car Il est lumière éternelle pour le monde. Cette lumière apporte la vie et le salut, au contraire du feu qui purifie mais souvent extermine. Qualifier Dieu de « Lumineux » est introduire le côté positif de la manifestation de Dieu au monde, une théophanie vivifiante. Ce qui contraste avec le côté négatif ou du mois terrifiant de la désignation comme étant « le terrible » (v. 8a et 12b) des troisième et quatrième strophes.

Le verset 6 reste difficile à comprendre

Au v. 8 et plus encore au v. 11, la fureur et la colère sont attribuées à Dieu. Bien plus le Ps 76 va jusqu’à personnifier la « Colère » (kharôn) au verset 11 dans le texte massorétique. Cette colère qui engendre la terreur (cf. Ps 9,21; 14,5; 83,16) suit un silence solennel qui a précédé au verdict divin (cf. So 1,7; Is 41,1; Sg 18,14 et aussi Ap 8,1). L’intervention décisive de Dieu en faveur de son peuple, mais bien plus largement en réalité car Il veut « sauver tous les humbles de la terre. »(v. 10), par trop opprimés. Prélude au Royaume divin (cf. Ps 66,4; 68,4; 75,9)

Reprenons quelques expressions orientales se remarquables dans cet hymne eschatologique: ainsi au verset 4 : « les éclairs de l’arc« , pour indiquer qu’il s’agit des flèches; et « la guerre » pour signifier en réalité les armes de guerre.

Au verset 11 : « tu te ceindras« , est l’expression qui symbolise l’étroite union. Mettre une ceinture de lin sur les reins  (cf. Jr 13,11) est une action symbolique qui est utilisée positivement par Dieu au livre du prophète Jérémie pour personnifier le peuple de Terre sainte : « Car, de même qu’une ceinture s’attache aux reins d’un homme, ainsi m’étais-je attaché toute la maison d’Israël, toute la maison de Juda – oracle de Yahvé – pour qu’elles soient mon peuple, mon renom, mon honneur et ma splendeur. Mais elles n’ont pas écouté. »

Cette image du jugement divin est encore utilisée négativement au Ps 109,19: lorsque le psalmiste demande que la malédiction colle à l’adversaire du fidèle calomnié, « qu’elle lui soit comme un vêtement qui l’enveloppe, une ceinture qui l’enserre constamment! »

Au verset 12 : « ceux qui l’entourent« , c’est-à-dire qui sont autour de Dieu comme sa ceinture.

Et « le Terrible » ou la Terreur

Relecture chrétienne

Notre psaume montre Dieu qui exerce le jugement en faveur des opprimés et suscite la crainte de ses adversaires. Il s’agit du drame collectif du salut du monde que nous avons a célébrer puisque la victoire a été acquise par le crucifié ressuscité. Celui qui croit au Fils de l’homme est appelé par ce cantique au défi de donner ce qu’il a de meilleur en lui, dans la conscience du respect dû à Dieu. Pour qu’il puisse rendre un culte au Dieu unique « connu (2a), lumineux ou magnanime et célèbre (5a) et craint car redoutable ou terrible (8a; 13b) ».

Car Jésus n’est pas venu pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par Lui !

Dans la liturgie 

Le Psaume 76(75) est utilisé tant dans la prière des heures que dans les célébrations de la Parole au cours des Eucharisties. Il est proposé à l’office du milieu du jour du 2e et du 4e Dimanche. Pour chacun(e), ce psaume peut également être une prière (cf. Mt 5,33-34 vœux ou serment), sachant qu’un jour tous « verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel » (Mt 24,30). Célébrons aujourd’hui la plénitude de demain, l’avenir de la Cité où Jésus nous prépare une place.

Fr. Christian EECKHOUT, o.p., Jérusalem

 

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