Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Huitième dimanche du temps ordinaire. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Lâcher prise !

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,24-34. 
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux.
Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ? ‘ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ? ‘ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ? ‘
Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché.
Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.

COMMENTAIRE

Nous admirons les gens qui mènent une vie simple, dépouillée, détachée des servitudes liées à la possession, à la richesse, à la surconsommation. Mais nous avons grande peine à les imiter dans leur détachement. Nous avons plein d’excuses qui nous justifient d’être préoccupés et même obsédés : nous avons des tâches, des responsabilités, des nécessités qui nous entraînent constamment dans la course pour plus de gain, de biens et de capital. Il nous faut nous assurer d’avoir toujours plus de réserves, au cas où…  Nous n’en avons jamais assez.

Et si l’enjeu de nos vies était de savoir aller d’abord à l’essentiel? De savoir mieux quelles sont nos besoins, nos priorités et nos vraies nécessités ? C’est de cela que Jésus nous parle.  Ce grand détachement qu’il nous propose va, bien sûr, à contre courant de ce qui se pratique sur la terre au quotidien des hommes et des femmes toujours soucieux du lendemain et insatiables de richesses et de consommation.

Nous aimons bien avoir le contrôle sur tout ce qui nous arrive. Nous ne voulons pas prendre de risque; nous ne voulons dépendre que de nous-mêmes pour les détails importants de la vie. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, disons-nous. Nos moyens sont pourtant fort limités et forcément insuffisants. Savons-nous bien que nous recevons tout de Dieu? Que sans lui nous ne sommes rien?

Au fil du Sermon sur la montagne, Jésus pousse toujours plus loin la réflexion sur ce qui est important dans la vie de ses disciples et sur la source de leur vrai bonheur. Aujourd’hui son appel se fait pressant : Faites donc confiance ! Laissez-vous un peu aller à l’abandon ! Détendez-vous ! Simplifiez votre vie !

Dieu est un Père qui prend soin de son monde. Rien ni personne n’est plus fort et plus sage que lui.  Prenez parti pour lui et il prendra parti pour vous.  Jamais il ne va pas vous laisser tomber si vous lui faites pleine confiance d’abord, si vous tenez vraiment à lui.

Dieu ne nous demande pas de rester passifs et en attente. S’il en était ainsi cela voudrait dire que nous abusons de lui, alors qu’il nous a donné sagesse, intelligence et capacité pour  nous prendre en charge et avoir part à la richesse de la création qu’il nous donne en héritage et partage.

Ce qui nous est demandé, c’est de chercher son Royaume et sa justice. De vivre en enfant de la famille de Dieu, en fils et filles du Royaume. Le reste viendra tout seul. Oui, il viendra par surcroît, mais il viendra seulement si déjà nous sommes plongés dans l’abandon effectif, volontaire et participatif, sachant que le Seigneur nous accompagne et s’engage avec nous au quotidien de notre travail et de toutes nos responsabilités.

Y-a-t-il là de la naïveté? Sommes-nous appelés à vivre seulement d’amour et d’eau froide? Aide-toi, dit-on, et le ciel t’aidera. Loin de nous croiser les bras, travaillons à bâtir ce monde juste, paisible et fraternel où tout ce qui est à moi est à toi, où tout ce qui est à nous est pour le besoin de chacun.

Il y avait quelque chose de cela dans le témoignage des premières communautés chrétiennes, si l’on se fit à ce qu’on en dit au Livre des Actes des Apôtres : La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens; au contraire, ils mettaient tout en commun.(Actes 4, 32)  Sans aller jusque-là, ne pourrait-on pas vivre un peu plus dans cet esprit-là, de partage et de communion?

 

2 réflexions au sujet de « Huitième dimanche du temps ordinaire. Année A »

  1. Masera Anna Maria

    …où tout ce qui est à moi est à toi, où tout ce qui est à nous est pour le besoin de chacun… Comment vivre ça et ne pas croiser les bras quand la peur, la haine, la vengeance nous guettent jour et nuit?
    Peut-on faire de la résistance en attendant de vivre la foi?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois