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Dieu en famille

La famille recomposée

Imprimer Par Raphaël Pinet

Peu avant son exécution par les Allemands pour faits de résistance, le commandant d’Estienne d’Orves écrivait à ses enfants, dans la solitude de sa cellule, qu’ils faisaient partie de la grande chaîne de la famille qui ne s’interrompt pas malgré le temps qui passe.

Une famille, c’est fragile ; c’est une association de personnes que l’amour a normalement fondé mais que les vicissitudes de la vie et le cours normal des choses peuvent éloigner, parfois à jamais. Les rires et les chicanes forment le quotidien de cette microsociété que les hommes se sont donnés pour se développer et apprendre à être ensemble. Parfois un membre de la famille s’absente et ne revient pas et comme dit la chanson de Brassens :

Au rendez-vous des bons copains,
Y’avait pas souvent de lapins,
Quand l’un d’entre eux manquait à bord,
C’est qu’il était mort.
Oui, mais jamais, au grand jamais,
Son trou dans l’eau ne se refermait,
Cent ans après, coquin de sort!
Il manquait encore.

Le problème avec nous autres, les croyants, c’est que nous confessons dans les dernières phrases du Credo la résurrection de la chair et la vie éternelle. Nos chers disparus, nous avons l’espoir, la foi et la certitude que nous les reverrons. Et cette immense chaîne apparemment interrompue, renouera le fil de l’histoire d’une humanité marquée par la mort et l’absence. Le jour de la Lumière, c’est sous le sein bienveillant de Dieu que nous nous blottirons mais ce sera aussi le jour des grandes retrouvailles. La mère disparue trop tôt, l’enfant fauché dans la fleur de l’âge, la vieille tante aveugle que nous chérissions tant, le grand-père de notre enfance, nous les retrouverons au grand banquet de la Vie. Nous retrouverons ceux que nous aimions. Mais, ne l’oublions pas, nous retrouverons aussi ceux que nous n’aimions pas assez : le fils renégat, le beau-frère invivable ou la sœur caractérielle qui ont, à leur façon, déchiré le tissu familial avant l’heure, nous les retrouverons ; mais pas pour reprendre le fil de la chicane en ce Nouveau Monde où « le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau ».

Davantage encore, nous retrouverons la famille que nous n’avons jamais connue et ceux de notre famille qui nous suivront. Et enfin, dans cette ouverture infinie de la famille vers les autres parents inconnus et innombrables, nous retrouverons notre plus grande famille encore, l’humanité entière enfin rassemblée. Sous le sein bienveillant de Dieu.

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