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Éditorial

Mai 2012

Imprimer Par Jacques Marcotte

Le Québec a pris les allures de mai 68 ou de printemps arabe (érable), avec ses grèves étudiantes et ses airs de révolution pas tranquille. Tout ça les étudiants le font pour ne pas s’endetter avec les frais accumulés de leurs études. Leur ambition d’entrer « libres » dans le marché du travail de demain est légitime, il me semble. Les savoirs de base ne devraient pas être une marchandise qu’on achète à l’épicerie universitaire.

Si on regarde les choses à partir du bureau du ministre des finances, on dira que les jeunes n’ont pas raison de revendiquer la gratuité scolaire, parce que rien n’est gratuit dans la vie et que le gouvernement ne peut pas supporter plus longtemps tout seul les dépenses nécessaires au bon fonctionnement des universités. Nos gestionnaires publics ont besoin de leur modeste contribution. Mais si on se place du point de vue des étudiants et de leur avenir, on dira qu’ils sont justifiés de réclamer l’égalité des chances par un accès universel gratuit aux études supérieures. Il faut donc chercher ailleurs les ressources pour faire marcher l’université.

Dans l’affrontement qui s’éternise, le gouvernement a l’air de vouloir tenter un coup de force. Il cherche à casser le mouvement étudiant. Et cela ne marche pas. Cela ne marche plus. Cela ne marchera pas. Doit-on s’en surprendre ? Doit-on s’en plaindre ? – Non !

Ce qui n’aide pas la cause, c’est que la crédibilité du gouvernement actuel est au plus bas. Pour bien d’autres raisons d’ailleurs que pour l’intransigeance actuelle de la ministre. Plusieurs sont fatigués d’un premier ministre qui verse facilement dans le sarcasme, l’humour grossier et l’attentisme plutôt que dans une approche objective, vigoureuse et efficace des problèmes. Les partis de l’opposition soupçonnent depuis longtemps des manœuvres frauduleuses dans certains montages financiers. Les allégations de corruption sont accablantes. Rien qui puisse inspirer confiance aux étudiants !

Comment sortir de l’impasse actuelle ? Faut-il miser sur la démocratie directe affichée par une large faction d’étudiants ? Il n’est pas pensable – quoi qu’on dise – de revenir à la tranquille obéissance de jadis. Peut-on espérer en arriver à la paix sociale par simple attente que les choses s’arrangent toutes seules ? Ce serait choisir le pourrissement et le chaos.

La solution du problème ne peut venir que d’une franche concertation. De part et d’autre il faudra démontrer qu’on est de bonne foi. Ce n’est que tous ensemble qu’on pourra bâtir la confiance, dans l’humilité, le respect et la transparence.

Je pense que notre société sortira grandie de ce qui apparaît présentement comme une impasse. Nous vivons une crise de société où les jeunes sont en train de nous éduquer. Ils ont démontré jusqu’ici du courage, de la solidarité, de la détermination. Ils donnent beaucoup d’eux-mêmes. Ils se sacrifient pour faire avancer une cause qui leur semble juste. Ils ont la volonté de mener une lutte paisible. Leur objectif est clair. Ils l’expriment avec fermeté. Saurons-nous les entendre, les écouter et composer avec eux ?

Merci à tous ces jeunes pour la belle leçon de courage et d’engagement qu’ils nous donnent.

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