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Dieu en famille

Leçon de Ténèbres

Imprimer Par Raphaël Pinet

Lors du Mercredi saint, dans l’obscurité que percent treize cierges, un chant s’élève. C’est l’heure de faire mémoire des heures les plus sombres de l’humanité. Jésus arrêté, abandonné au milieu des siens affronte, dans les souffrances de la solitude qu’on imagine, l’indicible : il entrevoit dans son agonie la mort d’un innocent, la mort de l’Agneau sans tache, l’exécution de Dieu fait homme. Au cours du chant _ une longue plainte sur les Lamentations de Jérémie_ les cierges sont soufflés un à un, à mesure que le chant égrène la tristesse des hommes et la méditation plaintive des croyants. La lumière pâlit, s’étiole, fait place aux ténèbres envahissantes dans une église aux allures sépulcrales. N’en reste qu’une à la fin de l’Office : celle du corps du Christ.

Reste pour le croyant aux heures sombres la méditation devant le clair obscur de la Semaine sainte, entre le mont des Oliviers et la pierre qu’on a roulé. Ce mercredi-là, reste la méditation devant le noir, celle de l’humanité, les siennes aussi.

Quand on a fondé une famille et que le temps a assez passé pour que l’instant où l’enfant parut a rejoint depuis des lustres les souvenirs d’un album-photos effeuillé et jauni, l’espoir triomphant des débuts où tout est à bâtir a cédé le pas aux interrogations, puis aux doutes, enfin aux remises en question. Un cierge est soufflé.

Quand on a conçu les projets pour un autre qu’on porte, futurs impossibles, futurs d’imposture car des nôtres, pas le sien … Un cierge est soufflé.

Quand, avec le temps, toutes les promesses de l’aube n’ont pas tenu … Un cierge est soufflé.

Quand les chemins droits sont devenus sinueux et ont conduit parfois à des impasses, et tant pis si Dieu écrit droit avec des lignes courbes !… Un cierge est soufflé.

Quand peu à peu notre horizon s’efface devant un firmament incertain … Un cierge est soufflé.

Quand plus encore, quand enfin, quand surtout le trésor qu’on a voulu transmettre et léguer, c’est un peu les perles qu’on a jeté en vain sur le sol caillouteux … C’est un, cent, mille cierges qu’on a soufflés.

Alors, mais alors seulement, au terme de la méditation, du plus profond de soi, avec la certitude brûlante que donne un regard sur le tombeau vide, on peut mieux comprendre la liturgie de la lumière dans la toute proche Vigile de Pâques!

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