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Dieu en famille

Une maison hospitalière pour les jeunes

Imprimer Par Lode Aerts

La réflexion de ce mois-ci provient d’extraits tirés du livre de Lode Aerts : Quand l’Église écoute les jeunes, Collection Pédagogie pastorale 1, Bruxelles, Lumen Vitae, 2004, 32-35.

La large perspective de la maison de Dieu parmi tous les hommes (sic) suppose indéfiniment beaucoup de patience. Dieu veut respecter la liberté de ses créatures. Il fait advenir le sabbat pour être chez lui dans sa création et Il espère ardemment que les hommes « fassent de leur mieux pour entrer dans ce repos » (He 4, 11). C’est son plan : Dieu, le Seigneur infini, qui diffère fondamentalement de ce monde, veut trouver une maison en toute quiétude près de ses créatures finies. C’est le grand rêve de l’alliance de Dieu. C’est en effet une question d’alliance. Cela suppose que les hommes écoutent sa parole, comme cela se passe entre amis. Cela signifie qu’ils puissent se trouver sans contrainte avec Lui. Cela implique qu’ils adoptent son style de vie. À tout cela, aucune contrainte ne convient. Dieu ne veut mettre personne sous pression pour être croyant. Il désire qu’il y ait des croyants qui donnent le goût à d’autres et invitent.

Pour la pastorale des jeunes, c’est d’une importance particulière. Car Dieu n’est pas le seul à aspirer au sabbat et à vouloir se retrouver chez lui en liberté. Les jeunes cherchent aussi un chez soi. Leurs désirs vont beaucoup plus loin que ce que la logique commerciale peut leur offrir. Ils aspirent à un lieu qui offre protection. D’une façon ou d’une autre, ils demandent « un toit pour l’âme ». Mais ce désir profond ne peut pas être mal utilisé. Les jeunes tiennent à leur liberté. Avec raison. Ils ne peuvent donc apprécier d’être suivis coûte que coûte dans l’Église. Parce que la jeune génération n’a jamais vécu le temps où on était automatiquement chrétien, leur foi est encore plus que pour les adultes une option. Toute pression, toute stratégie subtile pour amener la jeune génération à l’Église va seulement atteindre le résultat opposé. La pression est simplement fausse. Cela ne veut pas dire que l’Église doive se rendre invisible pour les jeunes. Au contraire. Elle doit être clairement l’Église, de sorte que le Seigneur soit visible avec son offre d’alliance et avec le style de vie qui y correspond.

Pour que des extérieurs puissent reconnaître cette offre, il faut en tout cas que règne une atmosphère accueillante. Cette hospitalité doit être franche et ne peut pas à son tour se dénaturer en stratégie. Nous ne devons rien étaler pour racoler de nouveaux membres ou pour donner un visage agréable et jeune à l’Église. Notre main gauche ne doit même pas savoir ce que fait la droite (Mt 6, 3). Il ne peut pas y avoir d’agenda caché. Bien comprise, l’Église est en effet la « ville de Dieu située sur la montagne » (Mt 5, 14), où l’entourage est le bienvenu.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Comment l’Église peut-elle aider les jeunes à être chez eux? Laissons-nous inspirer par l’hospitalité que nous offrons à nos visiteurs. Pour que quelqu’un se sache bienvenu dans notre maison, il est d’abord nécessaire qu’il s’y sente libre. L’hôte doit pouvoir compter sur de l’attention et du temps. Celui qui est accueilli quelque part doit surtout pouvoir être lui-même. Il doit pouvoir s’exprimer. S’il doit toujours se plier aux exigences de celui qui l’accueille, il sera forcément angoissé et révolté. On ne le reverra pas une seconde fois.

Nous le savons d’expérience. Il n’est vraiment pas agréable d’être invité lorsque l’on doit sans cesse faire attention à ce que l’on dit, lorsqu’il y a des sujets que l’on ne peut pas aborder ou que l’on doit porter des vêtements dans lesquels on n’est pas à l’aise. Aussi soignée que soit une telle soirée, c’est un poids qui n’a rien à voir avec l’hospitalité. Comme hôte, on n’est alors vraiment pas libre.

Pour les jeunes particulièrement, la contrainte est une expérience pénible. C’est là que couve le foyer de bien des conflits avec les parents et les enseignants. Aussi longtemps qu’il n’y a pas de réceptivité, les jeunes se sentent coincés et observés. Ils restent alors ce qu’ils étaient en fait : des étrangers. Il n’y a pas de rencontres. Personne ne se sent chez lui dans une prison.

Celui qui accueille doit-il alors complètement s’adapter à son hôte? Un père ou un enseignant doit-il se rendre invisible? Doivent-ils se dissoudre comme un morceau de sucre dans le café? C’est l’autre extrême, qui est tout aussi absurde. Celui qui accueille doit oser mettre ses cartes sur table, car entre quelqu’un et personne il n’y a pas de dialogue. Une vraie hospitalité ne demande pas seulement de la réceptivité, mais aussi une forme de confrontation. Si celui qui accueille se cache complètement derrière des mots amicaux et une neutralité insignifiante, il détruit la maison où il devait accueillir l’étranger. C’est une subtile tentation qu’il faut surmonter lorsque l’on accueille. Il y a de la visite, alors on veut autant que possible ranger la maison. Tous les papiers disparaissent de la table de travail, les journaux et les périodiques sont retirés, les CD’s qui traînent sont rangés dans l’armoire, etc. Bien sûr, c’est bon, mais dans sa forme extrême, le rangement peut enlever à l’hôte toute possibilité de se faire une image de celui qui le reçoit. Comment un hôte apprend-il à connaître celui qui l’accueille? Par un discret regard dans la chambre, par la sorte de journaux ou de périodiques, les CD’s ou vidéos… Tout ce que l’hôte voit l’aide à connaître la maison et introduit la conversation. Lorsque nous cachons toutes ces choses personnelles, personne ne peut être chez lui lorsque nous l’accueillons. C’est comme si nous recevions notre hôte dans un parloir bien propre. Une maison nue est une maison hantée : aussi angoissante et inhospitalière qu’une maison d’arrêt austère.

Un hôte de qualité peut donc bien conserver son identité. Les différences ne doivent pas être balayées sous le tapis. C’est évident aussi dans l’éducation. Des parents ou des éducateurs qui évitent toute confrontation privent les jeunes de leurs repères. À partir d’une mauvaise compréhension de l’amour pour les jeunes, ils ne veulent rien leur imposer, mais ainsi ils se retrouvent seuls et à la dérive. Une maison accueillante repose sur le subtil équilibre entre la réceptivité et la confrontation. Les deux sont nécessaires. Henri Nouwen exprime cette tension d’une façon insistante : « La réceptivité sans confrontation mène à une pâle neutralité qui ne sert à personne. La confrontation sans réceptivité mène à une agression tyrannique qui blesse tout le monde ». Continuons à réfléchir à partir de cette tension à propos de l’Église et de son hospitalité pour les jeunes. Il doit tout d’abord être clair que nous perdons notre temps si nous rêvons en l’air. Nos réflexions sur l’hospitalité concernent des lieux très concrets. Comment des jeunes pourraient-ils se sentir chez eux près de Dieu et comment Dieu pourrait-Il se trouver chez eux s’Il ne dispose pas d’endroits repérables où règne l’hospitalité? C’est la raison pour laquelle la communauté ecclésiale ne peut faire défaut. La pastorale des jeunes n’est possible que dans un lieu ecclésial. C’est dans l’Église que l’hospitalité doit être réelle, et cette hospitalité requiert tout autant l’ouverture que l’identité.

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