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Dieu en famille

Sans faire de bruit

Imprimer Par Élaine Champagne

Chaque année à l’Avent, je suis surprise, je m’étonne. Les manières de Dieu ne sont pas les nôtres… Mais je crois que Dieu aime nous surprendre, au-delà et autrement que tout ce que nous pouvons imaginer…

Ces derniers jours, les médias nous rapportent l’inquiétude mondiale face à la crise économique majeure de certains membres de l’Union européenne. Il faut trouver des solutions et vite. Les « poids lourds » européens et mondiaux se concertent pour faire face au problème et imposent leurs conditions. Les jeux politiques ne peuvent cacher que derrière un certain souci de la collectivité – puisque les économies sont interdépendantes – se jouent des luttes pouvoir et de prestige. Le « Sauveur » sera le plus fort.

Il y en a qui s’accaparent autrement le pouvoir. Pour s’assurer de parler plus fort que tous les autres, pour asseoir leur pouvoir, ils n’hésitent pas à faire la parade. Ils aiment les démonstrations musclées, les engins qui font du bruit. Lorsqu’ils le jugent utile, ils peuvent aller jusqu’à faire taire leurs contestataires. Que tout le monde le sache : ce sont eux les plus forts. Ils vont tout décider, tout organiser.

À moins que les plus forts soient les multinationales qui contrôlent habilement les ressources, les productions, les disponibilités, les prix… ? Les grands décideurs, grâce aux techniques de marketing sophistiquées, usent subtilement du pouvoir sur ce que nous percevons comme « nos besoins ». Ils viennent jusque dans l’intimité de notre quotidien pour gérer nos modes de vie… pour leur plus grand profit. Entre eux, c’est encore à celui qui parlera le plus fort.

Les médias nous font quotidiennement entendre les événements qui font le plus de bruits. Un scandale, un cataclysme, une incongruité, une injustice, parfois aussi une bonne nouvelle. Les larges titres des manchettes font sensation. Là aussi se joue le pouvoir. La nouvelle du jour est décrite, expliquée, commentée en long et en large. Les spots sont allumés. Personne ne peut y échapper. Tout le monde en parle… Il n’y a pas que les politiciens qui ont le pouvoir.

Quel tintamarre…

Il y a aussi de petites gens qui sortent dans les rues, avec pour seule force leur indignation et leur nombre. Ils occupent les places. Ils bousculent la routine. Ils refusent le petit jeu des plus forts. Ils dérangent ceux qui voudraient ne pas voir ce qui ne tourne pas rond. Certains bravent la répression, d’autres les intempéries de climats rigoureux. Ils insistent et persévèrent, parce que ça ne peut plus durer comme ça. Leurs moyens sont si modestes. Mais l’espérance que suscite leur solidarité est immense.

Il y a cette campagne publicitaire pour aider les plus démunis. Pour sensibiliser à la cause des plus pauvres, pour éveiller la compassion, des hommes et des femmes se mettent à nu… Ils se rendent vulnérables et se montrent sans parures, dépouillés, humains. Sans pouvoir. Ils nous regardent. Comme une question qui nous est lancée. Que pouvons-« nous » faire?

Nous espérons un monde meilleur. Enfin j’espère un monde meilleur… et vous? Une vie plus juste, plus épanouie, plus sereine, une société plus équitable, plus harmonieuse…

Il y a un prophète de la Bible qui invoque Dieu : « Ah! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais tel que les montagnes soient secouées devant toi (…) pour faire connaître ton nom à tes adversaires. » (Is 63, 19b. 64, 1b) Si Dieu est Dieu, est-ce que le Tout-Puissant ne pourrait pas venir et régler tout ça?

C’est le silence. Le silence des oubliés. Le silence de ceux et elles dont on ne parle pas parce qu’on ne sait même plus qu’ils sont là. Ils sont invisibles. En réalité, cela fait parfois si mal de les voir qu’on préfère les oublier. Les nommer, c’est déjà leur faire honneur; reconnaître au moins qu’ils existent : les sans-emplois, sans logis, sans familles, sans noms, sans visages…

Et je m’étonne. Chrétiens, nous méditons sur ce couple de déplacés, gens de la rue, sans abris, ces petites gens sans voix qui n’ont rien de remarquable. Et plus fragile qu’eux encore, sans aucun pouvoir, un enfant naissant. Un « fait divers » si « insignifiant » que l’évangéliste Marc n’en parle même pas. Un nouveau-né. Petit. Vulnérable. Un petit souffle de vie. Ce que nous pouvons imaginer de plus fragile. Dieu naît.

Parmi les invisibles. Parmi les inaudibles. C’est là qu’aujourd’hui encore, Dieu naît. Sans faire de bruit. N’est-ce pas étonnant?

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