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Le chœur des tout-petits

Imprimer Par Clément d’Alexandrie

[ vers 150 – vers 215 / 216 ] 2-3e siècles. Clément d’Alexandrie est le premier lettré grec chrétien. Avant sa conversion à l’âge adulte, avide de connaissances, il fait de nombreux voyages. Toute cette connaissance servira ensuite le christianisme. Il s’installe à Alexandrie où il prend la direction du Didascalée. Il fuira les persécutions de Septime Sévère. Il s’est efforcé de convertir les « héllènes » (païens) au christianisme et d’éduquer les chrétiens. Il est considéré comme le grand missionnaire des riches et des intellectuels. Il a tenté de faire des chrétiens des hommes cultivés, prêts à recevoir l’héritage culturel antique : tenant en grande estime la philosophie profane grecque, il cherche à harmoniser pensée grecque et christianisme. (Source : Site des Éditions du Cerf)

Lorsque Jésus dit : « Si vous ne devenez pas comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu », il ne faut pas l’interpréter stupidement. Car nous ne sommes plus ces tout-petits qui se traînent pas terre, nous ne rampons plus sur le sol comme avant, à la manière des serpents, en nous roulant de tout notre corps dans des désirs déraisonnables. Au contraire, tendus vers le haut par notre intelligence, séparés du monde et des péchés, touchant à peine la terre de nos pieds, bien que nous paraissions être en ce monde, nous poursuivons la sainte sagesse.

Car ce sont bien des enfants, ceux qui ne connaissent que Dieu seul pour Père, simples, tout petits, purs, amoureux du Christ. C’est à ceux qui ont progressé que s’adresse cette parole leur demandant de rejeter tout souci matériel et les invitant à attendre tout de leur seul Père, comme des enfants. C’est pourquoi on leur dit : « Ne vous inquiétez pas du lendemain, à chaque jour suffit sa peine ». Celui qui accomplit ce précepte est vraiment un petit enfant, et pour Dieu, et pour le monde. Pour le monde un petit enfant imprudent et dans l’erreur ; pour Dieu, un enfant bien-aimé.

Portons maintenant notre attention sur ce titre de « tout petit ». On n’emploie pas ce nom pour désigner des êtres privés d’intelligence ; ces êtres-là sont des sots. Le tout-petit est un « nouvellement doux » : « doux » est celui dont les pensées sont tendres, et il a pris nouvellement ce caractère doux et délicat. Ainsi le « tout petit » est doux, et de cette manière il est plus candide, tendre, simple, sans ruse et sans feinte, juste dans ses jugements, droit : ce sont là en effet les caractères fondamentaux de la simplicité et de la vérité. La génération ancienne était perverse et dure ; mais nous, le chœur des tout-petits, le peuple nouveau, nous sommes sensibles comme des enfants. Dans l’Épître aux Romains, l’Apôtre proclame qu’il se réjouit des cœurs sans malice et donne en quelque sorte une définition des tout-petits quand il dit : « Je veux que vous soyez avisés pour le bien et purs vis-à-vis du mal ».

Réjouissons-nous de ce titre : tout-petits, en effet, sont les esprits nouveaux qui, au milieu de l’ancienne déraison, sont nouvellement devenus intelligents et qui se lèvent à l’horizon de la nouvelle Alliance. C’est tout récemment que Dieu s’est fait connaître, au temps de la venue du Christ. Ce sont donc des nouveaux qui constituent le peuple nouveau par opposition à l’ancien peuple, et ils ont une connaissance des biens nouveaux. Nous avons la riche abondance du jeune âge, notre jeunesse ne vieillit pas. Il faut que soient nouveaux ceux qui ont reçu leur part du Logos nouveau.

Or puisque celui qui prend part à l’éternité devient semblable à l’incorruptible, il s’ensuit que notre titre d’enfants traduit le printemps de toute notre vie : la vérité qui est en nous ne vieillit pas, et toute notre manière d’être est irriguée par cette vérité. La Sagesse est toujours jeune, toujours égale à elle-même et toujours constante, éternellement immuable ! « Leur petits enfants, est-il écrit, seront portés sur les épaules et consolés sur les genoux. Comme un fils que sa mère consolera, moi aussi je vous consolerai ».

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