Livre du mois,

Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
Livre du mois

Claude Thélot : François Varillon. Éveilleur spirituel

Imprimer Par Jean-Claude Breton

couv (Page 3)Difficile pour moi de présenter ce livre en résistant à la tentation d’entrer en dialogue avec l’auteur. Varillon est, en effet, un personnage que j’ai connu avant Marcel Légaut et sur qui je me suis fait une opinion, qui a un peu changé quand j’ai connu les dialogues entre ces deux hommes. Je vais donc répondre à Thélot sur un point; ensuite, je présenterai son livre.

Thélot tient fortement à présenter Varillon comme un théologien et même comme un théologien de taille et original, bien que boudé et peu cité par les théologiens de profession.

RECTITUDE MORALE ET COMMUNICATION CLAIRE

Je crois, pour ma part et en accord avec les propos de Fernand Dumont dans sa thèse de doctorat en théologie, que tout chrétien, qui veut croire honnêtement et en adulte, est amené à devenir théologien à sa mesure. Je concèderai à Thélot que Varillon a dépassé ce seuil minimal, mais sans accéder à ce que j’appellerais la virtuosité en théologie. Il n’est ni un Balthazar, ni un Congar, pas plus qu’un Rahner ou un Schillebeeckx. Il est un chrétien qui pratique sa théologie avec le souci, parfois excessif, de la rectitude doctrinale et celui de la communication claire.

Après les composantes d’une présentation usuelle, Thélot divise son livre en deux parties: les trois principaux axes de sa pensée et Varillon, singulier et précurseur.

En raison sans doute de son admiration et parce qu’il tient à lui reconnaître un rôle de théologien important, Thélot a voulu illustrer dans la 1re partie les grands axes de la pensée de Varillon. Ce sont des axes effectivement importants, mais pas propres à Varillon. Vous me direz peut-être que ses livres sur l’humilité et la souffrance de Dieu sortent quand même des sentiers battus. Mais Thélot semble ignorer que Varillon emprunte ces thématiques à Zundel, qu’il ne cite pas, parce que ce n’était pas très convenable à l’époque.

HOMME DE CULTURE

Pour ma part, je trouve beaucoup plus importante et plus juste la 2e partie qui met en valeur ce qui me semble la vraie originalité de Varillon.

Homme de culture, musicien et conférencier recherché, auteur prolifique et maître de la langue française, Varillon ne pouvait pas vivre sa démarche théologique en marge de tout ce qui faisait de lui un humaniste remarquable.

D’autant que la richesse de sa formation lui offrait un outil de très grande qualité pour son souci de communiquer la foi chrétienne en vue de la faire partager. Proche à l’origine de l’action catholique, il a pour ainsi dire développer sa propre entreprise avec ses cycles de conférences littéraires et religieuses. Il préparait du coup des livres qui ont connu aussi une très grande réception.

UN PASSEUR

Thélot met très bien en valeur ces qualités de Varillon et il montre clairement comment il fut un passeur à une époque où cela n’allait pas de soi, puisque la majeure partie de sa carrière s’est déroulée avant Vatican II. J’irais même jusqu’à signaler mon accord avec Thélot pour dire que Varillon a été d’une certaine manière un précurseur dans sa façon de rendre la foi accessible dans le monde de ce temps et à partir des signes des temps, pour reprendre un vocabulaire conciliaire.

Pour quelqu’un qui se cherche un outil de réflexion dans l’accompagnement de sa démarche spirituelle, le livre de Thélot est doublement recommandable. Il offre un portrait juste et enthousiaste de Varillon et il met bien en valeur les plus grandes qualités de ce jésuite du 20e siècle. Il peut du coup devenir une porte d’entrée dans l’œuvre écrite de Varillon où le lecteur trouvera un message de foi construit à même une expérience humaine riche de culture.

Paru dans : PRÉSENCE MAGAZINE novembre 2011, no 157

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Livre du mois

Les autres chroniques du mois