Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

21e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Pour vous, mes disciples, qui suis-je ?

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.

COMMENTAIRE

Dans l’évangile, Jésus donne l’impression d’être préoccupé par sa cote de popularité. Il interroge ses amis : « Est-ce qu’on parle de moi ? Qu’est-ce que les gens disent de moi ? » Il fait une sorte de petit sondage, et on imagine assez bien les discussions entre les disciples sur ce que les gens pouvaient bien penser de Jésus. Probablement qu’eux-mêmes avaient débattu entre eux sur le mystère de l’identité de Jésus. Les uns et les autres lui rapportent les opinions qui courent sur lui et qui sont assez diverses : certains disent qu’il est Jean-Baptiste, celui qu’Hérode Antipas avait fait décapité ; d’autres pensent à Élie, dont les derniers versets du livre du prophète Malachie (le dernier livre de notre Ancien Testament) annoncent la venue (Mal 3,23-24) ; et il y a des gens qui pensent à Jérémie ou à d’autres prophètes. Bref la rumeur publique n’est pas unanime.

En posant cette question, Jésus veut amener les disciples à se prononcer eux-mêmes : « Et vous ? Que dites-vous sur moi ? Pour vous qui me suivez, qui suis-je ? » On imagine la surprise des visages des disciples et le silence qui a probablement suivi ! Car voilà bien la question clé des quatre évangiles. La seule vraie question à laquelle tout disciple se doit personnellement de répondre, sans se dérober derrière l’opinion publique. Qui donc est ce Jésus ?

Pierre se jette à l’eau et ose balbutier : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Voilà des mots qui entrent difficilement dans les rubriques d’une carte nationale d’identité ! Qu’est-ce que Pierre veut dire ? Essayons de comprendre. Tu es le « Messie », le « Christ » : j’accueille en toi « l’Envoyé spécial », « l’Émissaire » de Dieu, celui qui a mission de venir nous dire que Dieu n’abandonne aucun homme à sa détresse. Tu nous apportes cette Bonne-Nouvelle que Dieu est Amour et que chacun de nous est aimé de lui. Mais tu es surtout le « Fils du Dieu vivant » : en toi, l’homme de Nazareth, se trouve toute la puissance de vie et d’amour de Celui que tu appelles « mon Père ». Son Amour qui t’anime sauvera le monde. Sa Vie qui est en toi vaincra notre mort.

La réponse de Pierre a touché Jésus parce qu’elle exprime, en profondeur, son identité : « Heureux es-tu Simon ! » ce qui veut dire : « tu as bien répondu ! ». Pourtant, Jésus ajoute : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux ! » Jésus a décelé dans les mots de Pierre une autre Voix : celle du Père, celle qui s’est fait entendre au baptême dans le Jourdain : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur ! » (Mt 3,17).

Cette identité de Jésus qui avait été révélée par la Voix du Père, la voici proclamée par la voix du disciple. La réponse de Pierre n’est pas une simple opinion parmi d’autres. Pierre donne ici une réponse de foi qui le dépasse et l’engage, au-delà de lui-même. C’est bien lui qui parle, mais (pourrait-on dire) c’est le Père qui lui a soufflé cette réponse ! C’est à la fois la sienne et celle du Père.

Jésus a dû faire à cet instant cette prière qui est rapportée ailleurs dans l’évangile : « Je te loue, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits… Car nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père… » (Mt 11,25-27). L’évangile nous rappelle aujourd’hui une chose essentielle : notre foi en Jésus, n’est pas simplement une « opinion » à débattre sur l’identité de Jésus mais un don du Père, une « révélation » qui nous est confiée.

Mais il y a plus. La Voix du Père n’a pas d’autre moyen pour faire connaître au monde la Bonne Nouvelle de Jésus que de confier cette « révélation » à des hommes fragiles, aux disciples de Jésus, à chacun de nous. Le Père parle du Fils dans la vie des disciples de Jésus, dans la nôtre. Nos vies sont des terres de révélation de la Bonne-nouvelle de Jésus pour nous-mêmes et pour le monde. Même dans le silence, nos vies peuvent crier la Bonne Nouvelle de Jésus Fils de Dieu Sauveur. Souvenons-nous de l’impact qu’a eu la mort des moines trappistes de Tibhirine.

En ces temps où des enfants sont violés et tués, où des innocents sont tués, où des civils sont bombardés, où les chars tirent sur des gens qui manifestent, où tant de personnes agonisent de faim dans la corne de l’Afrique, notre pauvre monde a plus que jamais besoin du témoignage d’espérance des disciples de Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Si les chemins de Dieu sont impénétrables, comme le rappelle saint Paul dans la deuxième lecture, nous savons qu’ils traversent nos vies et celles de tous nos frères et sœurs en humanité.

« Annoncez par votre parole et l’engagement de toute votre vie la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu plus fort que la haine et que la mort », prêchait notre frère Pierre Claverie, un an avant son assassinat à la porte de l’évêché d’Oran (Algérie). Notre foi dans le Messie Fils de Dieu nous vient du Père, et c’est avec elle que l’Esprit Saint bâtit, dans notre monde blessé, une Église d’espérance contre laquelle la puissance de la mort ne l’emportera pas. C’est Jésus lui-même qui l’a promis à Pierre !

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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