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La cuisine lieu du pouvoir

Imprimer Par Caroline Pinet

Pendant de longues années, lorsque mon mari se proposait de me remplacer à la cuisine, les enfants venaient me chuchoter à l’oreille : « Oh, non Maman, on va encore manger de l’omelette! » Et, à table, la plupart chipotaient, trop polis pour critiquer, mais mangeaient sans appétit. Ce qui surprenait mon mari qui ne comprenait pas pourquoi les omelettes restaient en partie dans les assiettes.

D’autres fois, il se lançait dans la recette des pommes de terre rissolées, qui laissaient les petits pleins d’espoir de se régaler. Il passait beaucoup de temps à éplucher, couper en petits dés, blanchir les patates. Mais après les avoir déposées dans la poêle, il partait lire dans son fauteuil, regardant sa montre sans regarder le plat. Et immanquablement, les pommes de terre cramaient! Il s’étonnait du bec fin de nos chérubins! Quand même, quelques patates roussies, ça se mange!

Devant le peu d’enthousiasme que soulevait son aide à la cuisine, mon mari s’est converti à la préparation de la salade. Il est rempli de bonne volonté! Il souhaitait me soulager de cette tâche quotidienne des repas. Et pour la salade, il est champion. Il retire la grosse nervure des feuilles avec une patience jamais vue. Et comme il est un brin fantaisiste, à la laitue, il ajoutait des graines de pavot, des graines de citrouille et des épices peu conventionnelles à la vinaigrette, comme la muscade. Les enfants ont commencé à ricaner un peu et à essayer de le dissuader d’avoir tant de créativité dans ce domaine.

Sont venues les soupes! Mon mari, l’hiver, croit que rien ne vaut une bonne soupe le soir. Mais lorsqu’il a échappé la poivrière dans le potage aux carottes, les enfants se sont mis à se méfier des soupes de Papa!

Il remportait cependant toujours un grand succès lors de ses soirées crêpes.

Il faut bien convenir que nous sommes d’affreux gâtés et que notre comportement est bien honteux. Tout cela a contribué à décourager mon époux de me remplacer aux fourneaux. Qui pourrait l’en blâmer? Ses efforts n’ont reçu qu’ingratitude! Il a donc rangé sa toque quelque temps… sauf pour les crêpes.

Puis, il s’y est remis depuis un an. Mais différemment. Toujours avec en tête de me soulager, il a aussi réalisé que lorsqu’on est dans la cuisine, on a un certain pouvoir : on peut décider du menu! Alors, comme il réussit tout ce qu’il touche avec intérêt, il s’est lancé dans la recherche de blogues de cuisine et a développé ses talents de fin cuisinier! Et maintenant, chacun a hâte quand c’est lui qui prépare le repas : lentilles en salade, clafoutis de chèvre-courgettes-olives, poulet au vin blanc et poireaux…

À travers ces 20 ans d’essais en cuisine, mon mari m’a montré son amour persévérant! Toujours, malgré ses insuccès, il a voulu se mettre au service de la famille. Jamais il n’a cessé de chercher à rendre ma tâche plus légère. Et le plus merveilleux, c’est qu’il s’est aguerri et que maintenant c’est avec joie que l’on se met à sa table. D’ailleurs, j’ai hâte qu’il refasse son « bulgour aux poivrons rouges »!

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