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Dieu en famille

Jetez le filet… (1)

Imprimer Par Olivier Le Gendre

La pêche parfois est infructueuse. Tout comme nos efforts semblent parfois se heurter à l’incompréhension de nos enfants, à leur refus, à leur paresse peut-être.

Nos efforts de parents qui ne sont pas minces, même s’ils sont discrets. Nos efforts pour assurer à nos enfants le maximum de sécurité matérielle, de sécurité affective, des études, l’apprentissage d’un métier. Nos efforts pour les faire grandir, pour les aider à se découvrir. Nos efforts aussi pour leur faire aimer notre idéal, leur donner l’occasion de rencontrer notre Dieu, prendre goût au silence et à la prière.

Nos efforts qui ne sont pas minces et sont patients. L’effort des parents est discret, continu, la peine ne se ménage guère, mais parfois le résultat ne semble pas être au rendez-vous. Parfois les filets restent vides.

Frustrant parfois est le métier de pêcheur quand il se passe en nuit blanche. Frustrant de lancer les filets et de les remonter pour voir son espoir déçu. Frustrant de les lancer à nouveau, certain qu’ils remonteront vides, une fois de plus. Il y a de la tristesse pour un pêcheur qui de longues nuits durant, ne remonte aucun poisson, triste comme un lac déserté.

Il y a de la tristesse pour les parents qui ont beaucoup donné, souri malgré les larmes qui les guettaient, joyeux quand la déception les accablait. Tristesse de parents qui veulent espérer et qui voient leurs efforts rester sans récompense.

« Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous venons, nous aussi, avec toi. » Ils partirent et montèrent dans le bateau. »

Jeune homme et jeune femme que nous avons été, et qui avons décidé de faire barque commune. Barque commune pour le meilleur et pour le pire. Nous avons pris la mer, mari et femme partant, confiants, à l’aventure.

Moments de légèreté dans le couple, comme des matins de Pâques, moments de plénitudes et de joie gratifiante. Et moments où la manœuvre est plus rude, où la fidélité prend la suite de la spontanéité, où la promesse aide à continuer.

Être parent n’est pas vraiment un métier, mais une impulsion, un instinct, avant d’être une mission. Il n’empêche que cela s’apprend jour après jour, que cela se découvre à tout moment, que la surprise est au coin de chaque matin nouveau, que l’expérience petit à petit s’accumule sans que nous soyons vraiment sûrs que nous pourrons compter sur elle pour faire face à ce nouvelles surprises.

Comme Simon-Pierre, nous connaissons le poids et l’abnégation de la persévérance. Répéter une fois de plus le même conseil à nos enfants, sous une autre forme, encourager encore et encore, pardonner et aider à se relever à nouveau. Tout cela est-il moins prenant ou moins digne que de jeter les filets à gauche, et les jeter à droite, et les tirer de l’eau, vides, pour les jeter à nouveau?

Les parents qui ne dorment pas sont des parents qui aiment avec toute l’intensité dont ils sont capables et qui ont peur de ne pas aimer assez. Tous les parents sont inquiets et familiers de la nuit.

Il y a une idée que les parents se font qui voudrait que là où l’on donne le plus d’amour il ne puisse rien arriver de mal. On voudrait que le malheur ne survienne que là où il est mérité. Le mal, pourtant, est aveugle, et le courage des débuts, les dévouements légers et naturels, les oublis de soi joyeusement consentis semblent s’user devant lui, devant la fatigue, devant la déception, devant d’autres envies et de nouvelles aventures.

Il arrive aux parents de pleurer amèrement, même si leurs larmes ne sont pas visibles, simplement cachées ou retenues.

« Comme déjà c’était le matin… » L’aube était venue comme une promesse que la nuit n’avait su tenir. Aube fragile comme toutes les aubes au moment de céder la place au jour.

« Jésus se tins sur le rivage; pourtant, les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. »

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