Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Guerre et perfection: LA RAFLE et LE CYGNE NOIR

Imprimer Par Gilles Leblanc

Les situations extrêmes font de bons sujets de film. En voici deux exemples dans des productions récentes. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le sort réservé aux Juifs par le pouvoir nazi constitue une monstruosité sans nom comme le démontre Roselyne Bosch dans LA RAFLE. Pour sa part, Darren Aronofsky illustre brillamment dans LE CYGNE NOIR jusqu’où peut mener la recherche de la perfection, notamment dans le domaine artistique.

LA RAFLE

16 juillet 1942. L’Occupation nazie enrôle les collaborateurs les plus zélés de la police française pour rafler les Juifs parisiens. Finalement, la cruelle opération recueille 13 152 Juifs innocents qui sont entassés dans des conditions inhumaines au tristement célèbre Vélodrome d’hiver, avant d’être transférés dans le camp de transit de Beaune, et finalement mis dans les wagons vers Auschwitz. Seul un enfant survit. C’est lui qui est au cœur de ce drame poignant.

rafle

Fruit d’une recherche rigoureuse qui a duré plus de trois ans, la méticuleuse reconstitution de ce jour noir de l’histoire de France est brillamment mise en images par Roselyne Bosch. Porté par une solide interprétation, le récit captive en décrivant la sollicitude inébranlable de ces familles juives, malgré des circonstances effroyables.

S’appuyant sur des scènes tournées à hauteur des enfants – qui sont touchants et courageux -, le récit gagne une forte charge émotionnelle. Pour leur part, les acteurs principaux s’impliquent à fond dans leur rôle respectif: Jean Reno en médecin juif, Mélanie Laurent en infirmière dévouée et Gad Elmaleh en père de famille bousculé par les événements.

La production creuse le même sillon que d’autres réalisations comme LA LISTE DE SCHINDLER de Steven Spielberg, AU REVOIR LES ENFANTS de Louis Malle, LE PIANISTE de Roman Polanski, et même l’inoubliable LA VIE EST BELLE de Roberto Benigni. Il s’agit d’un devoir de mémoire pour que l’innommable et l’horreur soient bannis à jamais des rapports humains.

LE CYGNE NOIR

cygne

Depuis ses débuts avec PI en 1998, Darren Aronofsky n’a eu de cesse d’explorer les dérèglements mentaux et physiques de personnages exigeants mais vulnérables, qui se fixent des buts souvent inatteignables. S’inspirant ici surtout de ses REQUIEM FOR A DREAM (pour la déconnexion avec la réalité provoquée par le perfectionnisme) et THE WRESTLER (pour l’acharnement au travail dans une discipline très compétitive), Aronofsky signe un thriller psychologique envoûtant et poignant, qui hante le spectateur longtemps après la projection.

Nina Sayers (Natalie Portman), première danseuse au New York City Ballet, parvient à convaincre son directeur artistique, Thomas Leroy (Vincent Cassel), de lui confier le rôle principal de sa nouvelle production du Lac des Cygnes, qui ouvrira la prochaine saison du Lincoln Center. Or, si Thomas ne doute pas du talent de Nina pour incarner le cygne blanc, il craint en revanche qu’elle ne puisse rendre sur scène la sensualité et la duplicité du cygne noir. Le machiavélique directeur fait donc en sorte de décoincer sa virginale et frigide ballerine, notamment en lui filant dans les pattes la délurée Lily (Mila Kunis). Or, cette ballerine de San Francisco en vient à exercer une forte influence sur son inexpérimentée consœur, au point de pousser cette dernière à se délivrer de l’emprise de sa mère surprotectrice (Barbara Hershey). Mais en apprenant que Thomas a désigné Lily comme sa doublure, l’insécure et perfectionniste Nina bascule dans un délire paranoïaque.

Intelligent et fluide, le scénario trace de troublants parallèles entre le destin de la protagoniste et le récit du ballet de Tchaikovski, dont la musique est utilisée avec une force dramatique peu commune. Reposant tour à tour sur une caméra à l’épaule rugueuse, intrusive, et des prises de vues plus étudiées, d’une somptuosité prenante, la réalisation experte procure de nombreux moments d’une tension quasi insoutenable. L’ensemble est magnifié par la prestation entière, déchirante, de Natalie Portman – «oscarisable» pour cette performance -, laquelle est entourée de partenaires chevronnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois