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Une spiritualité de la guérison

Imprimer Par Albert Nolan

Dominicain sud-africain, Albert NOLAN est né en 1934. Il a joué un rôle important dans le combat de l’Église contre l’apartheid. Son livre précédent, Jésus avant le christianisme (Cerf, 1995) a eu un grand succès de librairie.

Jésus était un guérisseur. Selon Marcus Borg, « dans toute la tradition juive, personne n’est le sujet d’autant de récits de guérison que lui ». Jean le Baptiste n’était pas un guérisseur. Quand Jésus a quitté Jean et le désert, il est revenu en Galilée et est devenu un guérisseur. Pourquoi ?

Certains chrétiens sont plutôt embarrassés par les guérisons de Jésus. Nous ne savons pas vraiment quoi faire des guérisons miraculeuses rapportées par les évangiles. Est-il encore possible de croire aux miracles aujourd’hui ? Sans compter que nous ne voudrions pas assimiler Jésus à la plupart de ceux qui, aujourd’hui, guérissent par la foi. Et pourtant, comment pourrions-nous ignorer le fait historique que Jésus était un guérisseur ?

Il importe d’abord de souligner au sujet du ministère de guérison de Jésus qu’il visait une guérison de l’être tout entier. Notre distinction moderne entre guérison physique et guérison psychologique ou spirituelle est inconnue de la Bible, tout comme des traditions africaines. Même quand les symptômes apparaissent clairement sur le corps ou dans le corps, c’est de manière holistique que celles-ci comprennent la maladie et la guérison, ce que les médecins occidentaux commencent à redécouvrir aujourd’hui.

Ainsi l’activité curative de Jésus a donc dépassé de beaucoup les guérisons miraculeuses rapportées par les évangiles. Son habitude de traiter les gens comme faisant l’objet d’un pardon inconditionnel, comme libérés de toute culpabilité ou de tout péché, avait un puissant effet curatif sur ceux à qui on avait répété à tort et à travers qu’ils étaient coupables. On peut facilement imaginer comment cette révélation pouvait conduire quelqu’un au bord des larmes. Nous le voyons bien chez la femme qui pleure tellement qu’on peut dire qu’elle a « lavé » les pieds de Jésus de ses larmes (Luc 7, 38). « Tes péchés ont été pardonnés », lui dit-il. « Ta foi t’a guérie. Va en paix » (Luc 7, 48 et 50, ma traduction). Il est important de noter que le mot traduit ici par « guérie », sesoken (qui peut se traduire aussi « rétablie », « ramenée à la santé » ou « sauvée »), est utilisé dans les évangiles pour désigner aussi bien ce que nous appellerions une guérison physique que ce que nous appellerions une guérison spirituelle.

Le caractère holistique de l’activité curative de Jésus apparaît très clairement dans l’histoire du paralytique que l’on fait passer par le toit (Marc 2, 2-12 et lieux parallèles). Jésus le guérit en lui disant d’une manière assez inattendue : « Tes péchés sont pardonnés », puis « Lève-toi et va dans ta maison ». Cet homme souffrait manifestement d’un sérieux complexe de culpabilité qui paralysait tout son corps. Après avoir été assuré par un prophète comme Jésus que ses péchés avaient été pardonnés et qu’il n’avait plus aucune raison de se sentir coupable, il a pu se lever et marcher.

On peut difficilement exagérer l’effet curatif de la prédication et de l’enseignement de Jésus. En remettant le monde à l’endroit, il a dû apporter un soulagement incalculable à ceux et celles qui se sentaient écrasés et défavorisés par le système de l’époque. Tant dans ses paraboles que dans ses enseignements directs, Jésus essayait d’ouvrir les yeux de ses contemporains pour qu’ils voient le monde différemment, pour qu’ils le voient tels qu’il est vraiment – à l’endroit – et, surtout, pour qu’ils voient Dieu comme notre Père qui aime et qui pardonne, notre abba.

C’est par la métaphore de la « vision » que Jésus exprimait cette conscience. « La lampe du corps, c’est l’œil, disait-il. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera dans la lumière » (Matthieu 6, 22 et lieux parallèles). Par contre, certains ne voient pas clairement parce qu’ils ont une poutre dans leur œil (Matthieu 7, 3). Et il est bien vrai que de voir les choses telle qu’elles sont vraiment, cela rend libre. Cela guérit.

La bonne nouvelle du royaume ou de la famille de Dieu, où tous seront égaux et où tout sera partagé, et les débuts de sa réalisation dans les communautés qui se formaient déjà autour de Jésus et dans ces repas joyeux qui faisaient la réputation de Jésus ont dû être accueillis avec un énorme gratitude et soulever un grand élan d’espérance. Voilà qui était de nature à guérir des siècles de blessures, de ressentiment, d’insécurité et d’angoisse. Quelle paix et quel réconfort cette bonne nouvelle a-t-elle dû apporte à un peuple inquiet !

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