Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Sur un air de violon : LE CONCERT et MADEMOISELLE CHAMBON

Imprimer Par Gilles Leblanc

La musique est un élément marquant dans plusieurs productions cinématographiques. C’est le cas des deux films que nous avons retenus. LE CONCERT du roumain Mihaileanu met l’accent sur la prestation d’un orchestre avec l’addition d’une soliste au violon, tandis que dans MADEMOISELLE CHAMBON du français Brizé, on admire le talent caché d’une institutrice, qui sur un air de violon touche le cœur du père, puis celui du grand-père d’un de ses élèves.

LE CONCERT

Un peu plus de quatre ans après le grand succès que fut VA, VIS ET DEVIENS, le réalisateur Radu Mihaileanu est de retour avec une nouvelle œuvre tout aussi achevée, Le Concert.

concert

Le film raconte l’histoire inoubliable du chef d’orchestre Andreï Filipov (solide Aleksei Guskov) de l’Orchestre du Bolchoï, prodige musical de l’époque de Brejnev. Licencié pour avoir refusé de se débarrasser de ses musiciens juifs, Filipov sombre dans l’alcool et la dépression. Maintenant, à l’âge de 50 ans, Filipov est employé par le Bolchoï comme homme de ménage. Un soir, alors qu’il fait sa tournée dans les bureaux déserts, il découvre une télécopie fraîchement arrivée invitant le Bolchoï à se produire au prestigieux théâtre du Châtelet pour remplacer au pied levé des invités décommandés.

Avec seulement deux semaines d’avis, Filipov et son meilleur ami Sacha (Dmitri Nazarov) élaborent un plan des plus loufoques: réunir ses vieux copains musiciens – qui vivent de petits négoces – pour aller à Paris en se faisant passer pour le véritable orchestre! Et ils demandent au directeur du théâtre (François Berléand, amusant) de loger la troupe dans un hôtel de luxe, de prévoir un dîner dans un grand restaurant et une croisière sur la Seine. De plus, ils exigent que la violoniste invitée soit la virtuose Anne-Marie Jacquet (magnifique Mélanie Laurent)…

Le résultat filmique du récit de cette supercherie qui devient l’accomplissement de toute une vie est formidable. On y passe des rires aux larmes, de la musique à la passion, de la drôlerie aux extravagances. La distribution est éblouissante et la finale avec l’interprétation du Concerto pour violon, opus 35 de Tchaïkovski vaut à elle seule le déplacement.

chambon

Avec cette adaptation fine, intelligente, crève-cœur, du roman d’Éric Holder, Stéphane Brizé (LE BLEU DES VILLES) poursuit avec brio son exploration du sentiment amoureux entamée avec JE NE SUIS PAS LÀ POUR ÊTRE AIMÉ et ENTRE ADULTES. Histoire toute simple d’un amour impossible, MADEMOISELLE CHAMBON repose sur un scénario précis, d’une grande vérité psychologique, dans lequel les silences, parfois insoutenables, ainsi que la musique, douce et prenante, jouent un rôle dramatique capital. Il est aussi question, en filigrane, de la transmission de la connaissance, de la valorisation des métiers et de l’éveil à l’art, des thèmes chers à Brizé, traités avec une égale délicatesse.

Dans une ville de province, Jean, artisan maçon, mène une existence heureuse avec sa femme Anne Marie, ouvrière dans une imprimerie, et leur jeune fils Jérémy. Patient et dévoué, il prend également soin de son père veuf, dont le quatre-vingtième anniversaire sera célébré sous peu.

Un jour, Anne Marie se blesse au dos durant son quart de travail, laissant à Jean le soin d’aller chercher Jérémy après la classe. Le maçon fait alors la connaissance de l’institutrice du gamin, Véronique Chambon, remplaçante engagée pour seulement un an. Après avoir convaincu Jean de faire un exposé en classe sur son métier, l’enseignante l’engage pour une réparation de fenêtre dans son appartement. Homme de peu de mots, le maçon tombe sous le charme de cette jeune femme cultivée, qui a jadis fait carrière comme violoniste. Et l’attirance est réciproque. Mais un événement imprévu viendra perturber leur idylle.

La mise en scène, à la fois réaliste et d’une infinie subtilité, est en parfaite adéquation avec l’interprétation sobre de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, ancien couple à la ville qui a accepté de rejouer pour le réalisateur l’émoi des premières rencontres, mais aussi les affres de la séparation et ce, avec une pudeur bouleversante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Cinéma d'aujourd'hui

Les autres chroniques du mois