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Dieu en famille

L’expérience missionnaire comme aventure relationnelle

Imprimer Par Christine Husson

Christine et sa famille reviennent de plusieurs mois passés en Bolivie. Je lui ai demandé de nous raconter leur expérience.

Partir en mission c’est déjà toute une aventure, mais partir en mission avec des enfants et qui plus est, avec des ados, c’est une Aventure avec un grand A. On y trouve des précipices, des histoires d’amour, des maladies et bien des défis!

Nous nous sommes préparés pendant 2 ans pour vivre une année de mission à Cochabamba en Bolivie où nous avons partagé la vie des soeurs missionnaires de l’Immaculée Conception dans une école pour jeunes femmes des campagnes. Nous rêvions, mon mari et moi, de vivre quelque chose de vrai, un contact avec une autre culture, avec la pauvreté et d’apporter ce que nous étions à ce projet dans lequel nous allions vivre. Un rêve que nous portions comme couple et qui nous apparaissait comme un moyen de sortir de notre confort, de notre routine pour réaliser quelque chose de différent, qui apporterait des changements dans nos vies et sortirait nos enfants du monde matérialiste qui les entourent ici à Montréal.

Nous, les adultes, étions prêts depuis longtemps pour cette expérience, mais pas nos enfants! Au début, ils n’y ont pas vraiment cru. Ensuite plus on s’approchait de la date de départ, plus ils ont manifesté leurs peurs, leur opposition à ce projet que nous voulions en grande partie pour eux. Nous avons dû lutter avec eux pour leur partager notre projet. Pendant que nous passions une fin de semaine par mois en formation, eux refusaient de prendre des cours d’espagnol. Il n’existe pas vraiment de formation pour les familles, ni même pour les enfants et je dois dire que cela nous a manqué dans notre préparation. De plus partir avec 3 ados de 12, 14 et 16 ans qui sont en pleine crise d’identité et où dans leur vie, les amis occupent la place principale, c’était un vrai tour de force.

Mais nous sommes partis, et nous sommes revenus…et juste cela, c’était déjà une réussite, vous pouvez me croire. Au bout de 2 mois, lorsque notre grand garçon est retourné au Québec parce qu’il n’était plus capable ni de poursuivre ses études, ni de vivre loin de sa blonde, nous avons bien failli lâcher. Mais il a tellement apprit et grandit pendant ces 6 mois passés seul (chez son oncle et sa tante) qu’au fond nous nous sommes dit qu’il avait au moins essayé, et que nous avons fait le mieux que nous pouvions dans cette situation.

Pour les deux plus jeunes l’expérience a été très différente. Ils ont développé une belle complicité tous les deux et nous pouvions profiter pleinement de la vie en famille, loin du rythme fou dans lequel nous vivons au Canada. Juste cela, c’était aussi une réussite.

Parce qu’ils n’avaient pas appris l’espagnol et qu’ils n’allaient pas à l’école là-bas, ils n’ont pas eu beaucoup d’occasions de se faire des amis, mais tout de même ils ont eu chacun un et une amie. Ils ont vu des choses qu’ils n’auraient jamais vu en tant que touristes, ils ont été touchés par la pauvreté extrême de certaines personnes, ils ont vu la condition de vie des enfants boliviens qui à 7 ans travaillent déjà. Ils ont été avec nous dans cette campagne où la vie est tellement dure pour le gens. Comme nous, ils ont été choqués parce qu’un enfant peut mourir facilement d’une simple gastro et qu’à 4 ou 5 ans un enfant s’occupe déjà de son petit frère et de sa petite soeur.

Ils ont aussi vu la joie de ce peuple incroyable qui aime par-dessus tout la musique et la fête. Ils nous ont vu tisser des liens avec les jeunes filles de l’Institut d’éducation rurale et ont accepté de leur faire de la place dans notre vie familiale. Ils nous ont accompagné dans la famille de Calixto, dans le froid et la pauvreté de cette famille qui malgré ses difficultés nous accueillait à bras ouverts.
Ils étaient là, avec nous pour vivre cette expérience incroyablement riche et qui nous a changé en profondeur. Ils étaient là…juste cela était une réussite!

À leur âge on ne parle pas aux parents mais aux amis…et par ces derniers (et sur Facebook) ont voit parfois quelques commentaires de leur vie en Bolivie. Peut-être qu’ils n’ont même pas conscience de ce qu’ils ont reçu à travers cette expérience. Oui ils ont trouvé cela difficile, oui leurs amis leur manquaient incroyablement, mais ils ont réussi et c’est ça qui compte!

Nous cherchions à vivre une expérience missionnaire familiale et nous l’avons vécue! Comme toute aventure missionnaire elle contenait: des défis, des choses à vivre très différentes de l’idée qu’on s’en faisait avant de partir, des péripéties, des découvertes culturelles, et surtout des rencontres avec des personnes extraordinaires. Nous avons vécu la vie communautaire des soeurs m.ic. et partagé toutes sortes d’activités avec des jeunes femmes boliviennes d’origine autochtone. Nous avons vécu dans un monde où le communautaire est un mode de vie et de survie et où ce qu’il y a de plus important ce n’est pas l’efficacité mais « le faire ensemble ». Nous mettrons des années à intégrer cette expérience dans nos vies, chacun à sa façon. Mais une chose est certaine elle nous a transformé de l’intérieur, elle nous a mis en contact avec nous mêmes, avec nos forces et nos faiblesses et nous a fait grandir comme citoyen du monde. Merci à vous Murielle, Cany et Cipriana qui avez su nous faire partager votre mission et merci au programme de formation intercommunautaire missionnaire qui nous a si bien outillé pour cette aventure.

Christine, Thierry, Julien, Élise et Clément Husson

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