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Dieu en famille

Rassemblement de famille

Imprimer Par Élaine Champagne

Il n’y a pas si longtemps au Québec, les familles aimaient se retrouver, se rassembler, “réveillonner” avec de la musique et autour d’un copieux repas traditionnel durant tout le “temps des fêtes”. Les festivités religieuses et familiales duraient de Noël jusqu’à la Chandeleur”, le 2 février et souvent jusqu’au Mardi gras, ce jour qui précède le Mercredi des cendres et le temps du Carême. À l’intérieure d’une famille, des traditions, des rites, des manières de se comprendre et de comprendre la vie étaient partagées… ou disputées. Mais on pouvait habituellement compter sur la famille comme sur une réalité stable qui permettait à ses membres d’enraciner leur identité dans un tissu social serré. Je me souviens des repas chez mes grands-parents où toute la parenté nombreuse était réunie. Oncles, tantes, cousins et cousines avec les conjoints et les enfants. Les tablées multiples pour le repas, les jeux, les conversations, les rires. Une occasion de sentir qui était notre famille.

Aujourd’hui encore, il reste en cette saison d’hiver, même pour les moins religieux, un goût de retrouvailles en famille. Le goût de se revoir, de se redire notre affection, de renouer lorsque cela est possible. Chose certaine, les familles prennent aujourd’hui des allures beaucoup plus diversifiées. Pour les uns, c’est la diaspora: les enfants adultes sont dispersés aux quatre coins du pays ou du monde. Pour les autres, la famille s’est enrichie de membres devenus intimes au fil des ans: des étrangers, des amis invités aux rassemblements, devenus plus intimes et maintenant partie intégrante du réseau familial.

Il y a aussi ceux que la vie nous fait perdre de vue, en même temps que ceux qu’elle nous fait découvrir. Il y a les décès, les naissances. Mais aussi les nouveaux couples, les séparations et les divorces. Je me souviens de l’un de mes oncles qui avait commencé à fréquenter sa “future” et de l’attitude d’écoute paisible de ma grand-mère. Je me souviens aussi de la tristesse de ma grand-mère et de son accueil inconditionnel de son autre fils, le premier à vivre un divorce à l’époque. Aujourd’hui, des enfants adultes reçoivent leurs parents accompagnés de leur nouveau ou nouvelle conjointe. Des parents accueillent sous leur toit et veillent sur les enfants de l’un ou l’autre membre du couple en même temps que sur leurs enfants conjoints. Des ex-conjoints se revoient de manière amicale, question de s’assurer du bien-être des enfants et même parfois de témoigner d’une réelle affection. Des familles accueillent des conjoints de même sexe. Partout, il y a ce désir de liens authentiques, d’expression et d’accueil d’une affection sincère, ce désir de relations vraies et épanouies.

C’est que tous ces gens ont contribué et continuent de contribuer à écrire avec nous notre histoire. Ils participent à faire de nous qui nous sommes. Au-delà des déchirures et des recommencements, il y a l’expérience partagée. Il y a la découverte de notre “humanitude”, de cette pâte humaine qui fait de nous des êtres porteurs de vie et de désirs, de fragilités et de rêves, de blessures et de dépassements, d‘espérance.

Et il y a Dieu. Il y a le Christ, celui-là même qui témoigne de l’intimité que Dieu partage avec notre vie humaine. Il y a ce Dieu qui traverse nos existences en profondeur, comme une source, comme un feu: son Esprit qui nous habite. Il y a Dieu qui n’est pas ailleurs que dans nos histoires de vie tortueuses; qui n’est pas ailleurs que dans nos réunions de familles, des plus houleuses comme des plus réjouissantes. Il y a Dieu, qui véritablement, nous fait devenir “famille”.

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