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Comme un coucher de soleil. Prier à l’Office du soir

Imprimer Par Denis Gagnon

Coucher de soleil

Autrefois, nous allions aux Vêpres. Aujourd’hui, nous célébrons l’Office du soir. Ce changement de vocabulaire indique bien d’autres changements. Les formes de la prière ont changé: la langue, les hymnes, la répartition des psaumes, les lectures, etc. L’esprit est peut-être le même mais il est purifié. On a fait le ménage; la poussière cachait tellement la couleur et le lustre du trésor!

Et puis, on a voulu redonner cette prière à tout le peuple de Dieu. Depuis trop longtemps, la Liturgie des Heures – l’Office divin comme on disait – était la chasse gardée des prêtres, des moines et d’un certain nombre de communautés religieuses féminines. La langue la mettait en prison. Ses geôliers devaient connaitre le latin pour profiter de sa compagnie.

Les choses ont changé. Et pour le mieux. Le menu se présente bien aujourd’hui. Il est alléchant. Chaque plat a du goût. Ainsi, l’Office du soir a sa saveur particulière. Les éléments qui le composent n’ont pas été choisis au hasard. Ils ont du sens et ils donnent du sens à ce moment de prière.

PRIÈRE D’ACTION DE GRÂCE

L’Office du soir couronne la journée. Depuis le matin, nous avons rencontré des personnes, nourri des amitiés, fait naître de nouvelles relations, réglé des désaccords. Nous avons travaillé. Les uns ont transformé les biens de la terre. Les autres ont apporté leur contribution dans l’édification de la société. Peut-être avons-nous passé la journée à l’écart, avec le sentiment d’être inutiles. Des succès, des joies, des souhaits, des difficultés, des échecs, des frustrations… L’Office du soir est l’occasion de regarder ce paysage de lumières et d’ombres.

En révisant la journée, nous pouvons découvrir les traces du passage de Dieu. Le Très-Haut était là tout proche, que nous en ayons été conscients ou non. « Le Puissant fit pour moi des merveilles; saint est son nom! » (Cantique de Marie) Nous cherchons le sens de ce que nous avons vécu. Nous essayons de lire les faits comme les signes du temps que nous passons. Nous plaçons ce qui est arrivé dans l’ensemble de notre vie. Nous l’insérons dans l’histoire, la nôtre et même celle du monde.

L’Office du soir est une sorte de récapitulation de la journée. En même temps, il nous fait prendre conscience que la liturgie est le lieu où tous les temps sont récapitulés. Tout s’achève en Dieu. En nous recueillant, nous recueillons tout en Dieu. Ou plutôt Dieu recueille tout en lui… « Cachés au creux de ton mystère,/ Nous te reconnaissons/ Sans jamais te saisir. » (Hymne du mercredi I et II) Prière d’action de grâce mais aussi prière d’abandon entre les mains de notre Père: « Le pauvre seul peut t’accueillir,/ D’un cœur brûlé d’attention,/ Les yeux tournés vers ta lumière. » (Ibid.)

PRIÈRE DE LA PERSÉVÉRANCE

Discrètement, la nuit s’installe au moment où nous sommes en prière. Nous remplaçons la lumière du jour par celle de nos lampes et de nos réverbères. « Parvenus à la fin du jour, contemplant cette clarté dans le soir… » (Hymne du jeudi I et II) Ce matin, la lumière a jailli avec des élans de jeunesse. Ce soir, elle brille sereine et intense comme la sagesse des cheveux blancs. Malgré la nuit qui vient, elle veut durer. Elle se bat contre les ténèbres. Comme ce que nous avons vécu durant ce jour lutte pour ne pas sombrer dans l’oubli et la mort. Nous souhaitons que germe ce que nous avons semé depuis le matin. Comme pour le vin, nous demandons que le temps – ou la grâce de Dieu – bonifie ces heures de travail et de rencontres.

PRIÈRE DE LA FOI

Le jour comme notre prière convergent tous les deux vers le Christ. Au lever du jour, le Seigneur était la source d’où a jailli la rivière que nous avons canalisée par notre labeur. Au crépuscule, il est le sommet, la cime que nous atteignons au terme de notre ascension. Comme Pierre, Jacques et Jean, nous voyons le Christ transfiguré, la tête et le corps, le chef et l’Église, le maître et les disciples que nous sommes. Cette transfiguration n’est pas seulement une promesse, elle est déjà l’événement de Pâques en train de faire sa place dans notre histoire personnelle. Ce jour a été pour nous un passage, une Pâque avec le Christ pascal, de la mort à la résurrection. Passion dans le sens de la souffrance : tant de murs à franchir d’heure en heure, morts à faire mourir… Passion dans le sens d’amour aussi: tant de liens créés, tant de gestes en forme de service comme on donne sa vie, résurrection… « Vienne Jésus pour consoler/ De la mort implacable, /En frère premier-né/ Relevé du tombeau! » (Hymne du vendredi I et III)

PRIÈRE DE L’ESPÉRANCE

Ce jour que nous célébrons dans la prière n’est pas un point final à l’action de Dieu dans nos vies. Il reste encore d’autres jours pour d’autres passages, d’autres Pâques, de nouvelles venues du Seigneur avant la rencontre définitive. « Au cœur sans mémoire,/ Qu’un temps soit accordé/ Pour qu’il se souvienne! » (Hymne du samedi I et III)

Se souvenir pour espérer. Le passé est le père de l’avenir. Le célébrer, c’est chanter des promesses. « Il viendra;/ Un soir/ Sera le dernier soir/ Du monde./ Un silence d’abord,/ Et l’hymne éclatera. » (Hymne du samedi I et III) Dans l’Office du soir, nous faisons une profession de foi: malgré la nuit, nous croyons au matin, malgré les ténèbres, nous croyons à la lumière, malgré la souffrance, nous croyons à la paix. Nous espérons malgré tout. Dieu n’est-il pas venu au secours de son Fils?

PRIÈRE DE CONTEMPLATION ET D’ACTION

L’Office du soir culmine dans le cantique de Marie: « Mon âme exalte le Seigneur… » Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19). La liturgie des Heures nous permet, comme la mère de Jésus, de retenir les événements qui forment l’histoire de chacune de nos journées. Nous ne les gardons pas seulement pour enrichir notre mémoire. Avant tout, ces faits et gestes sont événements de Dieu ou plutôt « avènements » de Dieu! Histoire de Dieu dans notre propre histoire. Paroles de Dieu tissées à même nos échanges humains. « Il s’est penché sur son humble servante… »

Ces paroles de Dieu ne sont-elles pas à méditer dans notre cœur au rythme de l’Office du soir? Comme des icônes, les heures de nos journées expriment le mystère de Dieu. Elles sont à regarder longuement. À écouter aussi. Quand nous laissons s’apaiser les bruits du jour, notre oreille peut saisir le murmure de Dieu. Nous pensions que celui-ci gardait silence. En réalité, c’est nous qui n’écoutions pas. Nous avions peut-être oublié de le reconnaître dans la voix des pauvres. Cris de détresse ou chant d’espérance, les appels des petits parlent le langage de Dieu. L’Office du soir nous rend plus sensibles à cette clameur. Dans la prière, nous apprenons à entendre Dieu. Nous apprenons à distinguer sa voix.

Nous apprenons aussi à répondre. La prière ne dit pas quoi faire. Mais elle réveille la générosité. Elle met en action l’imagination pour créer les gestes du service. Nos « Amen » nous engagent. Que de prières sont exaucées par nous-mêmes du matin jusqu’au soir. L’Office du soir survient au terme d’une journée mais il empiète sur le jour suivant. Il nous invite à mettre la charité à l’agenda de demain.

L’Office du soir brille donc sur notre journée comme le soleil, quand celui-ci se couche derrière les montagnes. Devant soi, c’est le même paysage dans lequel nous avons vécu la journée mais la lumière est différente. Elle accentue certaines choses. Elle en masque d’autres. Elle invente des couleurs nouvelles. Elle change les formes. Tout semble s’achever mais, en fait, tout demeure… dans l’éternelle présence de Dieu.

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