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Concilier travail et vie de famille : un chemin spirituel à deux voies

Imprimer Par Suzanne Desrochers

Comme un grand nombre de parents, mon temps quotidien est partagé entre deux passions : mes engagements professionnels et ma vie de famille. Il s’agit de deux passions librement choisies, qui sont les deux faces d’une même vocation à bâtir un monde meilleur, les deux expressions d’un même désir de fécondité et de don. Pourtant, ces deux parties de ma vie sont souvent l’occasion de difficiles combats intérieurs pour arriver à les concilier dans mon existence concrète. Pourquoi est-ce si difficile? Comment garder sereinement l’équilibre entre mon travail et ma vie de famille? Quel rôle ma vie spirituelle joue-t-elle dans ce combat?

Mes difficultés à concilier travail et vie de famille sont partagées par tous les parents dont la vie professionnelle exige à la fois le meilleur de soi et un horaire contraignant. À côté des exigences professionnelles d’assiduité, de rendement et de qualité, il y a les exigences de la vie familiale: prendre soin de mon enfant malade, même si j’ai une réunion importante, préparer le souper à une heure raisonnable, même si le travail n’est pas achevé au bureau, prendre du temps pour écouter mon adolescent qui en a gros sur le cœur, même s’il reste du travail pour rendre tel texte le lendemain, etc. Concrètement, je me trouve souvent dans des situations où les impératifs professionnels entrent en conflit avec les impératifs familiaux, conduisant à des choix déchirants… ou à des prouesses qui ont souvent pour conséquence un certain épuisement!

Toutefois, malgré les difficultés concrètes, des motifs d’ordre spirituel me poussent à inventer des manières de tirer le meilleur de cette conciliation plutôt que de la subir ou de chercher à l’éviter. En effet, au cours de ma vie adulte, ma foi chrétienne a progressivement emprunté deux voies de réalisation différentes et complémentaires. D’une part, ma vie professionnelle a toujours été un lieu important d’engagement à la suite du Christ : pour moi, être son disciple m’engage tout entière au service du monde. D’autre part, en empruntant la voie du mariage, puis en devenant mère, c’est une dimension fondamentale de ma vocation baptismale qui s’est révélée et qui se déploie au fil du quotidien. Plutôt que de s’exclure, ces deux manières de vivre mon baptême s’interpellent mutuellement et insufflent un réel dynamisme spirituel à mon existence concrète.

Ainsi, mon engagement familial a transformé ma manière de vivre mon travail. Les appels de ma vie de famille sont pour moi un chemin d’apprentissage de la gratuité : développer la capacité de « perdre » du temps pour ceux et celles que j’aime, apprendre à laisser de côté tout ce que j’ai à faire pour écouter, être présente, réconforter, dire « merci » et « je t’aime »… Tous ces appels à la gratuité me permettent d’introduire cette dimension dans mon travail et de garder une liberté intérieure dans mes engagements. Quant à ma vie professionnelle, elle est pour moi un appel à ne jamais me replier sur notre petit cocon familial et notre confort : apprendre à me laisser déranger, à donner le meilleur de mes connaissances et de mon expérience, rêver d’un monde meilleur et travailler avec d’autres à le bâtir… En grandissant, mes enfants découvrent mes projets et mes réalisations, par lesquels ils reçoivent l’exemple concret et modeste d’une adulte capable de donner le meilleur d’elle-même, non seulement au service des personnes qu’elle aime, mais aussi pour le bénéfice de la collectivité.

Au-delà des difficultés et des déchirements qui subsistent toujours dans le fait de concilier travail et vie de famille, il y a pour moi un véritable chemin spirituel où s’entrecroisent deux voies : celle de l’engagement et du don de ce qui est meilleur en soi et celle de l’abandon, qui consiste à ne pas chercher le contrôle ou la maîtrise de sa vie pour se laisser conduire au cœur de l’essentiel.

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