Billet hebdomadaire,

Responsable de la chronique :
Billet hebdomadaire

Pour vivre ensemble

Imprimer Par Denis Gagnon

C’était samedi la Saint-Valentin, la fête des amoureux. Ce jour-là, plusieurs d’entre vous se sont faits des déclarations d’amour, se sont offerts des petites attentions, se sont rapprochés davantage. Peut-être aussi certains ont-ils profité de la fête pour faire le bilan de leur vie à deux. Ils ont pris conscience une fois de plus que le bonheur à deux fait vivre, mais il n’est pas pour autant donné tout cuit dans le bec. Dès que deux personnes se rencontrent, il y a risque de conflit comme il y a possibilité d’harmonie. Deux personnes ensemble, c’est deux libertés en face l’une de l’autre. Deux libertés, donc des intérêts différents, des personnalités différentes, des options personnelles.

Les êtres humains ne sont pas des machines programmées d’avance. Ils ne fonctionnent pas comme une mécanique. S’il leur arrive de faire des choses par habitude, de ne pas toujours penser avant d’agir, cela ne suppose pas qu’ils agissent comme des robots. La plupart du temps, ils décident quand ils agissent. Ils réagissent à ce qu’ils font comme à ce qui se fait devant eux ou à leur endroit.

Leur désir est infini. Par conséquent, la diversité de leurs initiatives comme de leurs réactions peut être infinie. Tout est possible. L’un peut poser un geste que l’autre n’apprécie pas. Ou dire une parole qui fasse le bonheur de son interlocuteur. Aucune rencontre humaine ne ressemble à une autre. Chaque conversation a sa couleur propre.

Aussi ne faut-il pas se surprendre que des frictions puissent surgir, que des conflits puissent naître. La parfaite harmonie est impossible. Une histoire sans histoire, ça n’existe pas.

Mais nous avons cette merveilleuse possibilité de pouvoir nous reprendre. Nous pouvons nous guérir mutuellement des blessures que nous nous infligeons. Nous pouvons dépasser les aspérités de nos rapports. Nous pouvons aller au delà de nos querelles.

Merveilleuse possibilité, mais difficile tâche quand même! Surtout quand la blessure est intense. Ou que notre fierté est profondément ébranlée. Nous ne pouvons ignorer ce qui s’est passé. Nous pourrions nous réfugier dans la fuite, mais la lâcheté n’est jamais la meilleure solution, nous le savons bien. Nous pouvons minimiser ce qui s’est passé, mais alors la vérité perd des plumes. Et ce peut être démission. Vaut mieux regarder les choses en face, chercher la lumière, faire la vérité, analyser lucidement, négocier.

Bien sûr, nous risquons d’aggraver la situation. Nous pouvons apporter de l’eau au moulin du conflit. Nous pouvons détériorer davantage. Les entreprises de réconciliation ne manquent pas de risques. Il y a, c’est certain, des risques à éviter. Mais il y a aussi des risques à prendre. Dans un conflit, il faut avoir l’audace de faire des pas. Il faut avoir l’audace de dépasser l’humiliation et la peur de la défaite. En fait, il faut choisir de se retrouver au bout de la négociation sans perdant ni gagnant. Un conflit n’est pas réglé parce que l’un des deux sort victorieux du combat. Ce n’est alors qu’une démonstration de puissance, la mise en place d’un rapport de force. L’un triomphe alors que l’autre est maté, réduit à la soumission. En définitive, la relation entre les deux ne respecte ni l’un ni l’autre. Surtout, elle n’anoblit ni l’un ni l’autre. Personne ne peut sortir grandi dans un rapport de force.

Vaut mieux mettre cartes sur table, faire l’analyse de tous les éléments du problème, peser le pour et le contre, clarifier. Parlons-nous des mêmes choses? Quelle attente se tient derrière nos propos? Pourquoi je vois les choses de telle ou telle façon et toi d’une autre? Y a-t-il un obstacle sur lequel nous butons sans nous en rendre compte, sans penser qu’il puisse s’immiscer dans notre conflit?

Il est surtout important de prendre le temps de nous écouter mutuellement. Nous écouter vraiment. Laisser l’autre aller jusqu’au bout de sa pensée, mais surtout demeurer attentif à ce qu’il dit. Ce n’est pas le temps de chercher des arguments ou une solution. D’abord, nous écouter en faisant page blanche, comme si c’était la première fois que nous parlions de ce problème, comme si le problème était du neuf, que nous ne l’avions pas encore perçu. L’écoute est à la base de tout règlement de conflit. Et nous y gagnons toujours à prendre le temps de nous écouter mutuellement.

Oui, la vie à deux ou à plusieurs est exigeante. L’harmonie nous fait vivre dans le bonheur, mais elle n’est pas toujours facile à atteindre. Elle est possible, toujours possible, si nous parvenons à nous considérer mutuellement comme des êtres humains appelés à vivre ensemble et à bâtir ensemble nos bonheurs. C’est le plus beau valentin que nous pouvons nous offrir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Billet hebdomadaire

Les autres chroniques du mois