Cinéma d'aujourd'hui,

Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
Cinéma d'aujourd'hui

Il n’y a pas si longtemps : « Ce qu’il faut pour vivre » et « Un été sans point ni coup sûr »

Imprimer Par Gilles Leblanc

Le cinéma est un art qui joue facilement avec le temps, autant le présent que le passé et le futur. Ces derniers mois, plusieurs productions québécoises font un retour sur des situations des années 50 et 60. Avec beaucoup d’aplomb pour deux films qui ont pris l’affiche en période estivale. Nous en faisons notre propos de septembre.

CE QU’IL FAUT POUR VIVRE

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Documentariste chevronné (ROGER TOUPIN, ÉPICIER VARIÉTÉ), Benoît Pilon entre par la grande porte du long métrage de fiction en portant à l’écran un scénario de son talentueux confrère Bernard Émond (LA NEUVAINE). Si les préoccupations spirituelles, sociales et morales de ce dernier, de même que son style épuré, sont tout naturellement présents ici, on retrouve au premier chef la sensibilité, l’empathie et le regard attentif propres à Pilon, dans cette œuvre belle et humaine sur le devoir, l’entraide et la transmission de l’héritage culturel.

En 1952, Tivii, chasseur inuit atteint de tuberculose, quitte la Terre de Baffin et sa famille pour se faire soigner dans un sanatorium à Québec. Sans repères, ne comprenant pas le français, l’autochtone fugue mais est bientôt retrouvé dans une cabane, épuisé. De retour à l’hôpital, il refuse de s’alimenter et il exprime son désir de mourir, ce que son médecin ne peut accepter. Sommée de trouver un moyen de le faire manger, l’infirmière Carole décide de transférer au sanatorium Kaki, un orphelin inuit qui, ayant été élevé par des Blancs, peut servir d’interprète à Tivii. Au contact du jeune garçon, le chasseur reprend goût à la vie et guérit peu à peu. Il en vient alors à caresser le projet d’adopter Kaki, afin de lui redonner un foyer ancré dans sa culture d’origine.

Évitant tout manichéisme, les auteurs dessinent finement le contexte historique et social du récit. Le rythme mesuré ménage de subtiles ellipses, ainsi que des plans majestueux des étendues enneigées du territoire inuit, projections mentales du nostalgique chasseur tuberculeux. Celui-ci est incarné de façon magistrale par Natar Ungalaaq (ATANARJUAT – L’HOMME RAPIDE), entouré de partenaires au jeu fort crédible dont le jeune nouveau-venu Paul-André Brasseur (Kaki) et Évelyne Gélinas (l’infirmière Carole).

Pas surprenant que le film se soit mérité le Grand Prix spécial du jury au Festival des films de Montréal 2008.

UN ÉTÉ SANS POINT NI COUP SÛR

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Rompant avec le ton grave de son film précédent (MÉMOIRES AFFECTIVES), le réalisateur Francis Leclerc aborde la vague nostalgique des années 1960 comme Léa Pool l’a fait avec MAMAM EST CHEZ LE COIFFEUR.

À l’été 1969, au moment où les Expos font leurs débuts à Montréal, le jeune Martin (Pier-Luc Funk, bien dirigé), maniaque de baseball, rêve de joindre un jour les rangs de cette prestigieuse équipe. Sa déception est grande lorsque lui et plusieurs de ses amis ne sont pas choisis par Turcotte, l’intransigeant entraîneur, (Roy Dupuis, naturel) pour évoluer avec l’équipe paroissiale des Aristocrates. C’est alors que Charles (Patrice Robitaille, émouvant), le paternel de Martin, décide de former une équipe «B» avec les négligés puis d’en prendre temporairement la direction, malgré son peu de connaissances en baseball. Les activités se déroulent sur un terrain inadéquat et les joueurs portent un uniforme presque ridicule. Pour sa part, la mère de Martin (Jacinthe Lagüe, magnifique) participe activement à la vie sportive de sa petite famille, tout en étant habitée par des désirs d’émancipation sur trame du féminisme naissant.

Une époque que le réalisateur décrit avec sobriété, tel un souvenir émanant des films de famille en Super 8. Non seulement Leclerc évoque-t-il la venue récente des Expos, mais le joueur-vedette Mark Jones apparaît même à Martin, tel un bon génie issu de son imagination. Des touches impressionnistes, plus ou moins opportunes, combinées à des observations amusantes sur une société en mutation, donnent à ce récit initiatique une portée plus large que le pur amour du baseball.

Voilà un film québécois sympathique, traçant avec dynamisme le portrait d’une période pas si lointaine que l’auteur de ces lignes a vécu avec la même intensité en tant qu’entraîneur des As de l’Assomption, catégorie moustiques B, à Shawinigan au Québec.

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