Patristique,

Responsable de la chronique :
Patristique

Homélie sur saint Paul (suite 3)

Imprimer Par Jean Chrysostome

Noé comparé à Paul

4. Noé, direz-vous, fut un juste, un homme parfait au milieu des hommes de sa génération, sans égal parmi eux tous (Gn 6, 9). Et Paul, lui, vous répondrai-je, n’était-il pas sans égal parmi tous ? Noé se sauva seul, avec ses enfants, mais Paul, voyant un cataclysme beaucoup plus redoutable s’emparer du monde, n’assembla pas des planches pour en faire une arche ; au lieu de planches, il agença ses lettres, et pour sauver, non pas deux, trois, ou cinq de ses proches, mais pour arracher la terre entière, sur le point de sombrer, du milieu de la tourmente. Car cette arche, au lieu d’être réduite à n’évoluer qu’en un seul endroit, comme l’autre, atteignait les extrémités de la terre, et, depuis lors, Paul ne cesse de faire entrer tous les hommes dans cette nacelle.

C’est qu’il l’a bâtie à la mesure de la foule des hommes à sauver, y recevant, de plus, des êtres plus insensés que les animaux pour en faire les émules des anges, et assurant par là la supériorité de cette arche sur l’autre. Car celle-ci avait accueilli un corbeau (Gn 8, 7) et laissa partir un corbeau, elle avait abrité un loup et on n’en changea pas la sauvagerie, mais, Paul, au contraire, accueillant des loups, en fit des agneaux, accueillant des vautours et des choucas les transforma en colombes, et dépouillant la nature humaine de tout ce qui était déraison et sauvagerie y introduisit la douceur de l’Esprit-Saint ; et voilà que cette arche continue de naviguer sans se disloquer. Loin que les tempêtes déchaînées par le mal arrivent à dissocier ses planches, c’est plutôt elle qui surmonte les flots et brise la tourmente. Et quoi de plus normal ? De quoi ses planches sont-elles enduites ? De goudron ? De poix ? Non pas ; c’est l’Esprit-Saint qui a procédé à l’onction.

Abraham comparé à Paul

5. Abraham, direz-vous, suscite une admiration unanime. Il entendit, en effet, cette parole : « Quitte ton pays et ta parenté » (Gn 12, 1) et abandonna patrie, maison, amis, famille ; l’ordre de Dieu lui tenait lieu de tout. Oui, sans aucun doute, nous l’admirons, nous aussi. Mais qui mettre sur le même plan que Paul ? Car il n’abandonna pas seulement patrie, maison, famille, mais c’est le monde lui-même qu’il abandonna à cause de Jésus. Allons plus loin : il dédaigna le ciel et le ciel du ciel même pour la quête exclusive de l’amour de Jésus. Écoutez-le, qui vous le révèle en ces termes : « Ni présent, ni avenir, ni hauteur, ni profondeur ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8, 38-39).

Abraham, direz-vous, affronta les dangers pour arracher son neveu aux mains des étrangers (Gn 14, 12-16). Et Paul, lui, qu’a-t-il arraché, non aux mains des ennemis, mais aux mains mêmes des démons ? Un neveu ? Deux ou trois cités ?
Non pas, mais la terre entière, s’exposant, et journellement, à d’innombrables périls, assurant à beaucoup le salut au prix de sa propre mort mille fois répétée.
Mais, direz-vous, le plus haut degré de la vertu, le comble le la sagesse, n’est-ce pas le sacrifice de son fils (Gn 22) ? Ici encore, la première place, vous allez le voir, revient à Paul. Ce n’est pas un fils, c’est lui-même qu’il sacrifia, et des milliers le fois, je vous l’ai déjà dit.

Isaac comparé à Paul

6. Qu’admirera-t-on chez Isaac ? Entre autres mérites, et ils sont nombreux, sa patience dans les avanies : il creusait des puits (Gn 26, 15-22), on le chassait de ses possessions, et il supportait, sans se venger, de les voir comblés, et chaque fois il émigrait dans un autre endroit. Au lieu d’affronter ceux qui lui créaient des ennuis, il se retirait, renonçant, partout, aux terres qui étaient à lui, jusqu’au moment où il eut lassé leur désir inique.

Mais regardez Paul : ce n’étaient pas des puits, c’est son propre corps qu’il voyait couvert de pierres ; et au lieu de se retirer, seulement, comme faisait Isaac, il allait au-devant, au contraire, de ceux qui le lapidaient, voulant à toute force, les enlever au ciel. Plus on s’efforçait d’obstruer la source, plus vive elle jaillissait, plus abondant était le courant qui venait alimenter sa patience.

Jacob comparé à Paul

7. Quant au fils d’Isaac, l’Écriture n’en admire-t-elle pas la force d’âme ? Mais, dites-moi, dans quel diamant une personnalité doit-elle être taillée pour être capable de manifester la patience de Paul ? Il fut esclave, oui, mais pas quatorze ans seulement (Gn 29, 15-30), toute une vie et au service de l’épouse du Christ. Et ce n’est pas simplement le froid glacial de la ‘nuit ou la canicule qui imprimaient sur lui leur morsure, ce sont des épreuves s’abattant dru comme flocons de neige qu’il devait supporter, un jour les coups de fouet, un autre jour la lapidation, ici les bêtes fauves qu’il affrontait, là les flots avec lesquels il devait se mesurer, et la faim, sans cesse, jour et nuit, et le froid, et il bondissait, partout, pour franchir, comme un athlète, l’aire de saut 8 et il arrachait les brebis de la gueule du démon (2 Co 11, 23-27).

Joseph comparé à Paul

8. Joseph, quant à lui, ne fut-il pas la chasteté même (Gn. 39, 7-20) ? Oui, mais il y a là, je le crains, quelque chose de dérisoire, dès que l’on fait l’éloge de Paul, qui se crucifia lui-même pour le monde (Ga 6, 14), qui regardait non seulement la splendeur des corps, mais toutes choses du même œil que nous regardons la poussière ou la cendre, qui restait aussi insensible qu’un cadavre à la vue d’un autre cadavre ! En neutralisant les élans de sa nature avec la plus grande vigilance, il ne se laissa, en aucun cas, affecter par aucune de ces passions propres aux hommes.

à suivre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Patristique

Les autres chroniques du mois