Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

15e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Garder la confiance

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac. Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné. Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le coeur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur coeur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris ! Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son coeur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

Commentaire :

Cette parabole du semeur nous parle d’abord d’une expérience, celle de Jésus et des premiers disciples. Ils ont annoncé le Règne en parole et action, avec enthousiasme, mais après un certain temps, en voyant les résultats, ils ont dû se demander: Mais qu’est-ce que cela donne? Il y a des gens qui ont entendu la parole mais sans vraiment l’écouter; le travail fut vain. Il y a ceux qui ont entendu et écouté, mais ensuite ils ont laissé tomber: alors à quoi bon? Puis il y a ceux qui ont écouté et suivi Jésus avec continuité mais ils n’ont pas donné de fruit, leur vie n’a pas été transformée. Alors pourquoi tout ce travail de mission?

Jésus et les premiers disciples ont du se poser ces questions. Mais le coeur de la parabole est donnée dans sa dernière partie: finalement, il y en a qui ont écouté, compris et porté du fruit. Tout ce travail ne fut pas inutile. La parabole est ainsi un appel à la confiance: malgré les échecs, les résultats sans durée ou sans profondeur, au bout du compte, il y a un accueil réel qui advient. Il faut voir plus loin que les effets immédiats et les engagements sans suite.

L’expérience de Jésus et des premiers disciples ne nous est pas étrangère. Annoncer l’Évangile, cela ne va pas de soi; c’est une démarche difficile, aux résultats incertains et souvent éphémères. Ce projet bien pensé et préparé, qui au début a attiré des foules: voilà qu’au bout d’un an, il n’en reste presque rien. Ce groupe qui semblait si solide dans son engagement: à la première crise, il s’est écroulé. Ces personnes qui ont entendu l’appel de l’Évangile et se sont embarqués pleins d’élan: on les revoit plus tard bien assagis et absorbés dans leurs petit soucis immédiats de réussite. Mais, nous rappelle la parabole, il y a ces personnes, ces groupes, dont la vie a été changée de façon profonde, sans retour en arrière. Et cela valait toute la peine qu’on s’est donnée.

Je me rappelle cette femme rencontrée dans un groupe de Bile, très engagée dans sa communauté chrétienne et dont la foi était vive. “Vous vous souvenez de moi?” me dit-elle – “Non!”, dus-je répondre. – “Je vous avais entendu, reprit-elle, à un rencontre sur les sectes à tel endroit il y a 3 ans. Ce fut le début de ma redécouverte de la foi chrétienne…” Je me rappelais cette rencontre dont j’étais parti certain de son inutilité, face au manque de réactions. Et voilà qu’en cette femme, un travail de questionnement s’était poursuivi et un fruit était venu, inattendu, inespéré.

Cette expérience ne nous est pas étrangère aussi, si nous nous mettons du côté de la terre plutôt que du semeur. Nous pouvons y reconnaître nos propres parcours. Nos engagements enthousiastes mais sans suite. Nos fuites et nos affaissements devant une mise en question, une épreuve qui confronte. Notre élan qui se dessèche, l’air de rien, et voila que peu à peu notre foi est sans horizon et nos valeurs ne font que refléter celles de notre milieu, sans mordant. Mais nous savons aussi qu’en nous des transformations profondes sont advenues, que l’Évangile a été en nos vies semence mystérieuse qui a donné des fruits de pardon, de respect, de paix, qui nous dépassent.

D’un coté comme de l’autre, cette parabole vient nous appeler à ne pas nous contenter des effets immédiats, à voir plus loin que le bout de nos échecs et la fragilité de nos oeuvres. Elle appelle à regarder avec confiance et à continuer, par delà nos découragements et lassitudes. Un jour, des fruits viendront. La parabole nous dit aussi la complexité de la mission. Il ne suffit pas que l’Évangile soit annoncé et entendu. Il y a tout le travail de compréhension, puis le défi de la continuité et celui de porter des fruits de transformation. L’annonce et sa réception comportent tout cela. L’itinéraire de la parole dans une existence humaine demeure imprévisible, heureusement. Mais encore faut-il sortir pour semer, avec confiance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois