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Il y a des soirs… il y a des matins!

Imprimer Par Denis Gagnon

Le 23 mars 2008, des hommes et des femmes se sont déplacés en pleine nuit… pour évoquer la nuit. En écoutant les lectures bibliques de la veillée pascale, la liturgie leur a raconté l’histoire de la nuit!

D’abord la nuit du monde. Tout a commencé dans les ténèbres. Dieu dit: «Que la lumière soit!» Au bout de la nuit du néant, il y eut le matin de la création. Le premier jour de l’univers est sorti des ténèbres. Comme dit le vieux récit biblique: «Il y eut un soir – d’abord, un soir – et il y eut un matin – ensuite un matin – Ce fut le premier jour.» Dans le plan de Dieu, la nuit n’a pas le dernier mot. L’aurore lui succède.

La liturgie a évoqué ensuite la nuit d’Abraham. Pauvre homme à qui Dieu demandait une obéissance totale. Perdre son enfant, son unique, perdre la promesse de Dieu, quelle nuit opaque, difficile, angoissante. Mais à cette nuit qui semblait interminable, Dieu offra un matin de bénédictions, une descendance aussi nombreuses que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer. Il y eut un soir d’abord; il y eut un matin ensuite!

Le livre de l’Exode a rappelé l’événement fondateur du peuple de Dieu: la libération d’Égypte. La vie était dure pour ces Hébreux devenus des esclaves. La vie ressemblait à une insupportable nuit. Et c’est en pleine nuit qu’ils ont quitté l’obscurité vers une terre de lumière. Il y eut un soir d’abord; il y eut un matin ensuite!

Au terme de leur montée depuis la nuit d’Égypte, les Hébreux trouvèrent une terre aussi heureuse qu’un matin plein d’avenir. Mais voilà que la guerre les délogea. Ils partirent en exil, déracinés, apatrides. De nouveau la nuit. Mais Dieu continuait de fabriquer des matins au bout des nuits. Comme un amoureux, il tenait au bonheur de son peuple. Il le sortit de la nuit. Il le ramena dans sa patrie. Et les prophètes Isaïe, Ézéchiel, rappelèrent que les nuits finissent toujours par perdre, que Dieu a le dernier mot et qu’il veut pour les siens des matins radieux. Il y eut un soir d’abord; il y eut un matin ensuite.

Le récit de la résurrection dans l’évangile de Matthieu commence ainsi: «Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine…» (Matthieu 28, 1) Dans la bible, dès que le soleil se couche et qu’apparaît la première étoile, on est rendu au lendemain. Autrement dit, la journée commence la veille avec l’arrivée de la nuit. Ainsi donc, le premier évangile situe la résurrection du Christ en pleine nuit. La tradition divine se continue.

Mais cette fois-ci, l’intervention de Dieu est radicale. Dieu s’attaque à la mort elle-même. Dans le plan de Dieu, la nuit de la mort doit laisser place au matin de la résurrection. L’hiver envahissant et tenace de la mort est bousculé par un printemps à nul autre pareil. Un homme, qui a traversé la souffrance et connu la mort comme tout être humain a quitté définitivement la mort. Il est passé sur la rive des vivants et sans retour possible en arrière.

Et ce vivant ressuscité s’annonce en Galilée, au carrefour des nations, à la croisée de nos histoires personnelles et collectives. Depuis notre baptême, nous jumelons nos nuits à la nuit du Christ. «Baptisés en Jésus-Christ, dit saint Paul, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés… Si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne.» (Romains 6, 3.5) Nous pouvons parvenir au bout de nos nuits et connaître un matin de résurrection.

En ce jour de Pâques, l’événement incroyable de la résurrection du Christ nous proclame cette bonne nouvelle: Dieu annonce des matins. Dieu annonce un matin pour l’Iraq en guerre. Dieu annonce un matin pour le Tibet qui réclame ses droits fondamentaux. Dieu annonce un matin pour les victimes de la torture et du mépris. Dieu annonce un matin pour les couples et les familles qui n’arrivent pas à trouver l’harmonie. Dieu annonce un matin pour les étudiants qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Dieu annonce un matin pour ceux et celles qui traversent des nuits de cauchemars.

Pâques nous dit : il n’y a pas de nuit interminable dans le monde. Dieu annonce un matin au bout de toutes les nuits. Il y a des soirs – bien sûr – mais il y a aussi des matins. Voilà l’espérance des chrétiens et des chrétiennes.

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