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Dieu en famille

Réponse à tout!

Imprimer Par Élaine Champagne

Religion, spiritualité et morale sont parfois perçus de façon étonnante dans le discours ambiant. Il y a quelques années, j’entendais des parents québécois dirent préférer envoyer leurs enfants dans des classes d’enseignement moral plutôt que d’enseignement religieux pour assurer à leurs enfants une meilleure formation aux valeurs. Ils semblaient associer l’enseignement religieux à « l’histoire sainte » enseignée autrefois, sans réaliser que les récits évangéliques ont quelque chose de très interpellant pour notre vie morale. À l’opposé, des athées dénoncent le côté parfois trop moralisateur ou autoritaire des religions.

Un récent article de la revue « L’Actualité » (1er novembre 2007, p.26-29) relate par exemple à ce sujet les propos et certaines critiques de Dale McGowan, un pédagogue états-unien non-croyant. « Des dizaines de millions d’Américains croient en effet que la religion constitue la trame du sens moral. Ils sont persuadés que, sans la peur de Dieu qui l’oblige à respecter ses 10 commandements, l’homme passerait sa vie à jalouser et à voler son prochain. » Faut-il vraiment que ce soit la peur de Dieu qui oriente nos choix profonds?

Ailleurs, le contentieux met en cause le religieux et le spirituel, supposés irréconciliables. « Le spirituel est important dans ma vie, mais je ne veux rien entendre des religions. » La spiritualité serait cette vie intérieure, cet élan qui nous fait contempler la nature ou rechercher la beauté, la paix. Les religions imposeraient leurs réponses indiscutables à la vie, avilissant la personne humaine, lui volant sa liberté de réfléchir, de discerner de manière adulte et autonome. Comme parent athée, McGowan dénonce le dieu de ces religions: « Si l’enfant croit en un dieu omniscient et tout-puissant, tout est plus facile. Un tel dieu n’a pas besoin de justifications, il a automatiquement raison, il est la réponse définitive à toute question. Un parent qui veut imposer ses vues ou sa volonté n’a donc qu’à l’appeler à la rescousse. » Comment croire en ce dieu « marionnette », « à l’usage des parents »?

Difficile d’effacer la trace de ce faux dieu… Puisque c’est bien ce dont il s’agit : un imposteur imaginaire… La contestation de McGowan et des siens est non seulement justifiée mais nécessaire. Elle nous appelle à la responsabilité : « S’il n’y a personne assis dans les nuages capable de régler nos problèmes, il faudra bien nous en occuper nous-mêmes. Ce qui impose de s’impliquer dans la collectivité. » Comme chrétiens, nous croyons en cette présence de Dieu parmi nous, mais d’un Dieu qui ne fait pas les choses à notre place…

La tradition chrétienne me fait découvrir et redécouvrir un Dieu de Parole, un Dieu de dialogue. C’est dans sa Parole que Dieu agit. Comment?

Je suis à lire un très beau livre de spiritualité chrétienne de R. Foster : « Streams of Living Water ». Une tournure de phrase anglaise a attiré mon attention. Nous sommes appelés, à la suite du Christ, à devenir « response-able », c’est-à-dire capable de réponse. Réponse dans la prière, réponse dans l’action, réponse dans nos choix, dans notre manière d’envisager le monde… Réponse toujours en dialogue, jamais définitive, en route…

Le défi du parent, le défi de chaque chrétien, serait alors de soutenir notre apprentissage réciproque à « répondre » à l’appel de chaque instant, selon l’Esprit. Non pas en nous anéantissant de manière aveugle, mais en assumant notre condition humaine imparfaite, en recherchant de la « justesse » dans nos actes et nos paroles. Il ne s’agit pas strictement de morale, mais de relations responsables. Religion, spiritualité et morale sont donc indissociables… Il s’agit d’apprendre, de part et d’autre, adultes et enfants, à prendre parole, de manière « response-able »… et aimante!

Il me semble que dans la foi, c’est bien là, à travers nous, que Dieu agit et se dit… N’est-ce pas ce que sa Parole, relatée dans l’Écriture, nous raconte?

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