Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Un témoin qui réfléchit

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.’ Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Commentaire :

Comme dimanche dernier, Jean Baptiste et le baptême de Jésus sont au centre de cet Évangile. Des éléments communs sont présents mais le point de vue, l’angle de vision, de l’évangile de Jean est bien différent de celui de Matthieu. En Matthieu, nous avions un récit; et c’est Jésus qui était témoin de la descente de l’Esprit et de la voix des cieux, citant le prophète Isaïe. Ici nous avons plutôt un témoignage par Jean Baptiste. Comme une sorte de réflexion théologique, qui déploie le sens de l’événement, non raconté mais déjà arrivé. C’est la voix de Jean Baptiste qui confirme, par une révélation, que Jésus est bien l’Élu de Dieu, sur qui l’Esprit est descendu et demeure.

L’approche par témoignage est très présente en Jean. Son évangile ressemble à une sorte de grand procès, à première vue de Jésus mais finalement du monde, où chacun vient apporter son témoignage. Le tout culmine avec la passion et ses dialogues remarquables. Ici, à qui Jean Baptiste adresse-t-il ce témoignage? Juste avant, les Pharisiens étaient présents (Jn 1, 24). Juste après, deux de ses disciples seront là (1,35). Mais dans ce témoignage si fort, aucun public n’est mentionné. On peu le lire comme une parole adressée à tout le peuple (« pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël »); et aussi à nous qui lisons ou entendons, car c’est un texte écrit pour des lecteurs, ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier.

Ce texte est très dense. Il est riche théologiquement et son langage, ses symboles, proviennent des Écritures de la Première Alliance (l’Ancien Testament). Il proclame l’identité profonde de Jésus. L’agneau pascal évoque l’expérience de l’Exode (Ex 12) et du culte au Temple de Jérusalem. Jean fait des liens explicites, à la Passion, entre Jésus et l’agneau de la pâque immolé au Temple (Jn 19, 14.36). C’est une figure de rédemption. Mais ici, elle est combinée avec celle du Serviteur souffrant, qui provient d’Isaïe (Is 53,4-7), celui qui porte le péché du monde et sur qui l’Esprit de Dieu repose, lui qui est l’Élu ou le Fils de Dieu (Is 42,1). Jésus est aussi celui qui était avant moi, dit Jean Baptiste. Cette expression était déjà présente dans le Prologue de l’Évangile (1,15).

Ainsi, on se retrouve avec une sorte d’annonce du mystère de Jésus, qui met ensemble Écritures, titres et symboles, autour d’un événement, le baptême de Jésus par Jean Baptiste. Et on trouve dans ce texte plusieurs thèmes qui reviennent en Jean : connaître, demeurer, voir, témoigner…. Nous sommes dans un évangile bien différent des Synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), même s’il nous parle du même Jésus. Il a ses propres approches, qui ne sont as toujours évidentes pour nous, mais qui font entrer dans un mystère et font réfléchir sur ce mystère.

À quoi une telle annonce peut-elle nous inviter aujourd’hui? Deux pistes, au moins, sont possibles. L’une est de vraiment écouter avec soin le témoin Jean Baptiste, de recevoir son témoignage et de prendre le temps de contempler le visage de Celui qui vient, qui s’approche, le Serviteur, l’Agneau, le Fils, rempli de l’Esprit. Une autre est de prendre le relais de Jean Baptiste pour que son témoignage se poursuive. Nous pouvons nous inspirer de son style en Jean : il est décentré de lui-même et pointe du doigt un Autre qui vient, il fait des liens avec les Écritures, il se promène dans un riche univers symbolique. Nous pouvons devenir à notre tour un témoin qui invite à réfléchir sur le sens profond des événements.

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