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Commentaire sur le cantique de Siméon

Imprimer Par Origène

Origène est incontestablement un des plus importants pères grecs de l’Église ancienne et l’homme le plus représentatif de l’« École d’Alexandrie ». Il naît dans cette ville d’un père chrétien qui meurt martyr. Très jeune, il reçoit la direction de l’École catéchétique; son enseignement est extrêmement brillant. Aux qualités les plus admirables de l’esprit, il ajoute une foi profonde et un enthousiasme mystique qui le mèneront au martyre. Contesté de son vivant mais surtout après sa mort, il est très étudié aujourd’hui et très apprécié comme théologien, exégète et spirituel. Les pères Daniélou et de Lubac surtout ont largement contribué à sa réhabilitation. Origène unit une culture profane à une connaissance profonde de l’Écriture qui apparaît constamment en filigrane dans tous ses écrits. Il établit le texte critique de la Bible, puis la commente en en cherchant le sens allégorique ou spirituel (ou symbolique).

Extraits d’une homélie sur Luc 2, 25-29 (Sur le cantique de Siméon)

Il nous faut rechercher ici une explication digne de la munificence de Dieu. Siméon, homme saint et agréable au Seigneur, rapporte l’évangile, attendait la consolation d’Israël; or il avait reçu de l’Esprit Saint la promesse qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Que lui rapporta la vue du Christ? Avait-il reçu la simple assurance de le voir, sans n’en tirer nul profit? Ou bien cette promesse recèle-t-elle une faveur véritablement divine, que Siméon obtint par ses mérites? Une femme touche la frange du vêtement de Jésus et guérit (Matthieu 9, 20ss); si le bord d’un vêtement lui procura un si grand bonheur, que devons-nous penser de Siméon qui a pris l’enfant sur son sein, l’a serré en ses bras, et a connu la joie merveilleuse de porter le petit enfant qui venait libérer des prisonniers et le libérer lui-même des nœuds de la chair? Il savait que nul ne pouvait faire sortir qui que ce soit de la prison du corps avec l’espoir de la vie future, excepté celui qu’il tenait en ses bras. Aussi dit-il : Maintenant, Seigneur, tu renvoies ton serviteur en paix.

Tant que je ne portais pas le Christ, tant que je ne le serrais pas dans mes bras, j’étais prisonnier, impuissant à sortir de mes chaînes. Et sachons que cela n’est pas vrai que de Siméon, mais de tout le genre humain : nous retirons-nous de ce monde? Quittons-nous le cachot où nous étions détenus? Voulons-nous accéder au Royaume? Prenons Jésus en nos mains, enserrons-le de nos bras, pressons-le sur notre cœur : alors, emplis de joie, nous pourrons aller où nous le désirons.

Considérez les grands événements qui ont prépar4é Siméon à mériter de porter le Fils de Dieu. Il avait d’abord été assuré par le Saint Esprit qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Puis il vint au Temple non point par hasard ni ingénument, mais poussé par l’Esprit de Dieu. Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu sont les enfants de Dieu (Romains 8, 14). L’Esprit Saint le mena donc au Temple. Toi aussi, si tu veux tenir Jésus, le serrer en tes bras et mériter de sortir de ta prison, efforce-toi de tout ton cœur de suivre l’Esprit et de te laisser conduire au Temple de Dieu.

Voici à présent que tu te tiens dans le Temple du Seigneur Jésus, je veux dire en son Église, ce temple bâti de pierres vives. Tu te tiens dans le Temple du Seigneur lorsque ta vie et ta conduite te rendent particulièrement digne du nom de l’Église.

Si tu viens au Temple, mené par l’Esprit Saint, tu trouveras le petit enfant Jésus, tu l’élèveras en tes bras et diras : maintenant, Seigneur, tu renvoies en paix ton serviteur, selon ta promesse. Remarque ici que la paix accompagne ce congé, cette libération. Il ne dit pas : « Je veux être renvoyé » mais, avec un mot e plus : « Je veux être renvoyé en paix. » La même faveur fut promise à Abraham : Tu iras en paix auprès de tes pères, rassasié d’ans et d’heurs (Genèse 15, 15). Et qui peut mourir en paix sinon celui qui a la paix de Dieu, qui surpasse toute idée, et qui garde le cœur de son maître? Qui sort en paix de ce monde, sinon celui qui comprend que, dans le Christ, Dieu se réconcilie le monde, et qui n’éprouve nulle hostilité à l’égard de Dieu, mais a réalisé par sa bonté toute paix et toute concorde? Ainsi retourne-t-il en paix, auprès de ses pères, où le sait Abraham aussi est parti. Et pourquoi parler des pères? C’est vers le Prince en personne et le Seigneur des patriarches qu’il part, vers Jésus dont il est dit : mieux vaut s’en aller pour être avec le Christ (Philippiens 1, 23). Celui-là possède Jésus, qui sait dire : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Galates 2, 20).

Tenons-nous, nous aussi, debout dans le Temple, prenons le Fils de Dieu en n os bras, rendons-nous dignes de la rédemption et de l’accès à une vie meilleure, prions le Dieu tout-puissant ainsi que Jésus le petit enfant, à qui nos aimerions parler et que nous désirons serrer en nos bras. À lui la gloire et l’empire aux siècles des siècles. Amen.

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