Dieu en famille,

Responsable de la chronique :
Dieu en famille

Vocations polyphoniques

Imprimer Par Bonnie Miller McLemore

Être parent est une véritable vocation! Les parents se vouent à leurs enfants. Ils leur réservent temps et énergie, amour et soucis. Les parents chrétiens répondent à cet appel de Dieu de veiller à la croissance des enfants qui leur sont confiés. Mais voilà. Les parents sont aussi hommes et femmes de ce temps, engagés comme époux comme conjoints dans une vie de couple; engagés dans la société comme citoyens, comme professionnels, comme bénévoles… C’est ce qui fait dire à Bonnie Miller-McLemore, une théologienne protestante américaine réputée pour sa réflexion théologique au sujet des enfants, que la vocation des parents est multiple. Je traduis ici quelques extraits de son livre : “In the midst of chaos. Caring for children as spiritual practice”, paru chez Jossey Bass en 2007, pp. 95-97.

Une vocation n’est pas une simple tâche à laquelle Dieu convoque chaque personne. L’appel de Dieu est polyphonique. (…) Chaque personne glorifie Dieu de diverses manières. (…) Chacun de nous vit la vocation première d’aimer Dieu et son prochain dans une diversité de services, de « diaconies » : comme parent, travailleur, citoyen, ami, étudiant, époux, etc.

Peut-être que je n’étais pas si « hors propos », lorsque durant mes premières années d’enseignement, j’ai regimbé contre le système en remettant un rapport annuel qui mentionnait comme tâche : « mère de mes enfants », juste à côté de ma liste de publications et de conférences. (…)

Faire profession de plusieurs vocations va à l’encontre de la fibre sociale qui voit la vocation comme une visée unique : une personne, un genre, une vocation. « Une carte d’affaires qui affiche plus d’une profession ne passe pas bien parmi ceux qui ont réussi », affirme Kingsolver avec un sourire. « Nous sommes censés avoir un domaine principal de réussite, et il est acceptable que nous ayons des passe-temps, s’ils ne nuisent pas ou ne prennent pas toute la place. Mais dans notre société, se reconnaître des passions disparates est habituellement perçu comme le signe d’un problème de déficit d’attention.

Les vocations multiples occasionnent effectivement des troubles bien réels. À l’occasion d’une réunion, il y a un an, je me suis tellement investie dans la conversation que j’ai oublié mon sac à main sur mon siège, juste derrière moi. En bonne voie de devenir une vraie mère-professeure distraite – comme le pense ma mère, j’ai traversé la moitié de l’état de l’Indiana l’été dernier pour aller la visiter, ainsi que ma nièce et ma belle-sœur, avant de réaliser que j’étais une journée trop tôt. La veille, j’étais rentrée d’une réunion en dehors de la ville, j’avais fais ma part de ménage de la maison, j’avais assisté avec ma famille à une partie de sport d’une ligue mineure, et j’avais très rapidement jeté un coup d’œil sur la pile de travail qui attendait sur mon bureau. Manifestement, je ne savais pas où j’étais ni quel jour nous étions.

Voilà les conséquences de la poursuite de vocations multiples. Kingsolver continue : « J’aimerais penser que c’est OK de faire toutes sortes de choses, même si nous ne fonctionnons pas à un niveau génial pour chacun. » Je serais personnellement souvent heureuse d’atteindre un niveau « moyen ».

Pourtant, cela ne veut pas dire que j’expédie tout mon travail. Le grand commandement de l’amour du prochain nous convoque à des vocations qui ouvrent à plus grand que la famille, jusque dans l’espace public. Cela signifie que d’aimer sa famille est formidable, mais insuffisant. Tous les parents, tant les pères que les mères, ont besoin d’une vocation publique (rappelez-vous que cela ne signifie pas nécessairement un « emploi ») qui leur permettent d’apporter leurs compétences à la communauté. Pour le dire sans ménagements comme Julie Rubio, une théologienne catholique : « Il n’est pas possible de répondre aux exigences d’être disciple de Jésus de Nazareth à moins d’avoir une vocation publique. »

Tenir bon dans des vocations multiples est exigeant. (…) La tension provoquée par les vocations multiples est difficile à exprimer par des mots, mais elle est bien connue de ceux qui prennent soin des enfants. Reconnaître cela est déjà un pas important. Apprendre à bien vivre avec ces tensions pourrait même être le principal défi spirituel de la vie familiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dieu en famille

Les autres chroniques du mois