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Dieu en famille

Jésus, Sacha et moi

Imprimer Par Martin Larocque

Vous savez, je crois en Dieu et toute la patente. Je prie même parfois à l’occasion. Mais il y a eu un moment dans ma vie où j’ai vraiment cru que Dieu et tous ses acolytes m’avaient abandonné. Même saint Jude (les causes désespérées!). C’est ce qu’on appelle une légère crise de foi.

Nous étions à un mariage. Bon. Tout bon père va à un mariage avec ses enfants une fois dans sa vie. Mais moi, il a fallu que j’en sorte traumatisé. Pas traumatisé parce que le marié a dit oui. Non. Traumatisé parce que, encore une fois, mes enfants m’ont ramené à ma réalité d’adulte. Pourtant, c’était juste un mariage ordinaire. Tout était normal.

Mais voilà où mon malheur a commencé. Pendant la cérémonie, je faisais des « Chut! » comme tous les pères de jeunes enfants. Il n’y a rien de pire que de tenir des enfants tranquilles pendant une messe. Alors plutôt que de m’évertuer à calmer « l’incalmable » et de plus en plus conscient que saint Jude ne me serait vraiment d’aucune aide, je décide de faire des jeux. Malheur! Je commence par « Trouve une chandelle bleue », puis « Trouve une casquette » (eh oui, même à un mariage!). Tout allait très bien. J’étais un père exemplaire. Mais, tout à coup, je dis : « Trouve un homme sur une croix. » Il trouve l’homme sur la croix et là, le malheur s’abat sur moi. « POURQUOI LE MONSIEUR EST MORT? » s’écrie mon garçon de 4 ans.

Ce n’est pas tant qu’il ait crié et que je perde mon titre de «père-parfait-qui-peut-tenir-ses-enfants-pendant-la-messe», mais c’est que je n’avais pas de réponse. Bien, enfin oui, j’avais une réponse, mais pas pour lui. Pas à cet âge. Pas maintenant. J’aurais été plus heureux qu’il me demande comment on fait les bébés… Mais non, il me demande pourquoi le monsieur est mort sur la croix. Zut! Tout allait si bien. Tout se déroulait comme prévu. Mais là, il fallait que je réponde.

« Tu sais Sacha, le monsieur est mort parce que les gens ne le comprenaient pas. » « C’est pas une raison, papa! » « Je sais, mon chéri, mais où y’a de l’homme, y’a de « l’hommerie ». » « Quoi? » « Les gens sont pas toujours fins… Mais t’en fais pas, il est redevenu vivant. »

À ce moment-ci, j’aurais aimé que mon petit bureau de censure soit ouvert. Sacha me répond : « On peut mourir pis « démourir »? » « Non, chéri, juste lui. » « Pourquoi lui et pas moi? » Et là, j’hésite… Je sais qu’à partir de ce moment-ci mes paroles peuvent changer beaucoup de choses. Est-ce que je réponds ce que je crois ou je le laisse faire ses découvertes? Est-ce que je lui donne des réponses toutes faites? À ce moment précis, j’ai une illumination, l’appel du saint protecteur des pères, et me vient l’idée de lui retourner la question.

« Sacha, pourquoi tu penses, toi, que le monsieur est mort et qu’après il ne l’était plus? » Mon fils réfléchit. « Parce qu’il avait pas fini de dire ce qu’il avait à dire. » Si j’avais eu une queue de paon, elle se serait déployée, même si l’orgueil est un péché. Qu’il est intelligent, c’est sûrement un surdoué! Je l’ai regardé et lui ai répondu, du haut de ma chaire : « C’est ça! » Je suis sorti traumatisé. Ma crise de foi était finie. Mais j’ai réalisé qu’être père ça va bien au-delà des couches et de la fatigue… Et « au-delà » prend ici tout son sens. Amen.

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