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Mensonge, dure vérité!

Imprimer Par Denis Gagnon

Attention : aujourd’hui, j’aborde le sujet de la politique. Par conséquent, mon billet sera pessimiste… par souci de vérité! Pardonnez-moi!

Le Québec s’agite à quelques jours des élections provinciales. Cette agitation n’a rien de fébrile. La campagne ne passionne pas plus qu’il ne faut. Les observateurs parlent de «vide» lorsqu’ils analysent discours et programmes politiques. Les chefs de parti sont pratiquement les seuls à monter sur les estrades et à palabrer. Les autres parviennent sur le devant de la scène dans la mesure où ils disent des conneries avec pour conséquence qu’ils se font rabrouer aussitôt par leur chef.

La plupart des politiciens jouent du mensonge à qui mieux mieux. Les discours politiques n’accordent pas beaucoup d’attention aux programmes des partis. Il est plus important que les candidats se mettent en évidence et le fassent en donnant une bonne jambette à l’adversaire. Il faut éviter l’autre, donc votez pour moi! On nous encourage à voter contre plutôt qu’à voter pour…

La seule chose qui compte chez la plupart des candidats : apparaître comme le meilleur. Apparaître, pas nécessairement être! Seulement apparaître! Parler pour gagner la sympathie de l’auditoire. Avancer des opinions assez bien ciselées pour qu’on vous suive jusqu’au bulletin de vote. Mentir, triturer la vérité pour s’assurer de la vendre comme la saveur de cerise permet d’avaler agréablement l’huile de foie de morue! Oscar Wilde disait : «C’est lorsqu’il parle en son nom que l’homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité.» (Intentions. Œuvres, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», Paris, NRF/Gallimard, 1996, p. 881)

La démocratie est une grande chose, un des trésors de l’humanité et des civilisations. Il faut s’incliner devant elle. Cependant, je lui reprocherais de susciter le mensonge. Ceux et celles qui briguent le poste de député ou celui de ministre peuvent le faire pour de nobles motifs. Mais ils devront bien peser les mots qu’ils utilisent, savoir dire ce qui doit être entendu plutôt que ce qui doit être dit. Il faut gagner la faveur des électeurs. Et choisir de ne dire que la vérité est un grand risque. On peut perdre des votes. Pascal écrivait : « … chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. […] Dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr. Or ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi, ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes. Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes, parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi, la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. (Pensées, 130, Œuvres complètes, coll. «Bibliothèque de la Pléiade, Paris, NRF/Gallimard, 1954, p. 1125)

Parmi les hommes et les femmes qui offrent leurs services comme député, certains ne manquent pas de qualités ni de noblesse. Dommage que les discours mensongers nous incitent à mettre tout le troupeau sous le voile de la méfiance. Mensonge, dure vérité!

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