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Dieu en famille

Là, Dieu se dit!

Imprimer Par Élaine Champagne

Récemment à Montréal, le film « Le grand silence » a fait salle comble plusieurs soirs durant. Il semblait y avoir une sorte d’engouement pour cette « expérience » de presque trois heures à la Grande Chartreuse, une expérience proposée sans intrigue, sans dialogue, dans le plus grand dépouillement même des gestes. Les spectateurs partagent ces quelques heures avec des moines qui prient, lisent, mangent, travaillent à quelque tâche quotidienne dans le silence.

Pour le chrétien, transparaît le message, voire l’appel d’une vie toute en Dieu, dans la prière continuelle que rend possible le grand silence. Nul ne sort indifférent de l’expérience. Mais pour plusieurs, même s’ils peuvent parfois pressentir la beauté et la grandeur d’un tel mode de vie longtemps présenté dans l’histoire comme l’idéal de la vie chrétienne, ce même idéal n’apparaît que plus inaccessible. La vie de couple, la vie familiale, la vie de travail, en un mot, la vie laïque et ses « agitations quotidiennes » n’a absolument rien en commun avec cet univers d’une disponibilité toute réservée à Dieu. La vie quotidienne est bien trop chaotique pour cela!

Lors des rencontres que nous avons entre familles pour approfondir notre vie spirituelle, la question remonte souvent, presque comme un désir de l’impossible : comment nous rapprocher de Dieu au milieu de l’imprévisible des événements, à travers les multiples réponses aux besoins des uns et des autres? Comment trouver le temps? Comment prendre cette distance? Comment cultiver une vie de prière plus fervente alors que nous sommes constamment interpellés à mille occupations et que le silence se fait denrée rare?

Ce soir-là en particulier, il faisait un froid mordant dehors. Quand nous sommes arrivés à l’appartement, Judith nous a accueilli bien chaleureusement et rapidement, Daniel nous a offert une bonne tisane toute fumante. Chloé, de ses 2 ans, sautillait et souriait à chacun comme pour les saluer. Puis elle s’est installée près de moi avec un livre et m’a demandé de lui raconter l’histoire pendant que Jocelyne, une autre maman, consolait son petit frère de quelques mois, Félix. Nous avons écouté d’abord un chant avant de commencer l’échange. Mais il fallait voir Félix, maintenant dans les bras de sa mère, le sourire radieux, avaler goulûment le contenu de son biberon! « Doucement, mon bonhomme! Doucement! » Avec toute cette agitation, Chloé a eu du mal à s’endormir. Elle a appelée son père et lui a fait remarquer que « nous parlions un peu fort… » Plus tard, c’est Jocelyne qui a dû partir un peu plus tôt que prévu – famille oblige. Non, vraiment, pas moyen de se « sortir » du monde pour trouver Dieu…

Notre tradition chrétienne porte aussi toute une tradition de spiritualité, peut-être plus récente dans son développement, mais toute aussi biblique dans ses racines, qui reconnaît que c’est dans le monde, dans l’histoire, que Dieu se dit. Les évangiles sont truffés de ces exemples tout quotidiens où le royaume se révèle de manière inattendue : la drachme perdue, le vêtement cousu, le repas partagé. Dieu se dit dans des gestes parfois si anodins que nous ne nous apercevons pas de sa présence. Si bien que nous le cherchons ailleurs. Mais il est là, caché et pourtant bien reconnaissable dans la « bonté » des gestes et des personnes.

Quand Félix est heureux de boire dans les bras de sa mère, quand il se rassasie et sourit, quand il se sent en sécurité contre elle et que ses besoins sont comblés, quand il exprime son contentement, cela est bon. Et là, Dieu se dit.

Quand Daniel nous accueille avec une tisane bien chaude, il répond peut-être à un geste de politesse. Tout de même, il pense à plaire aux amis qu’il invite chez lui. Sa tisane, mais aussi son attention nous réchauffe du froid d’hiver, elle encourage la conversation. Son geste parle d’amitié. Et cela est bon. Et là, Dieu se dit.

Jocelyne doit partir, mais nous accueillons tout naturellement sa demande. Une autre fois, c’est elle qui nous recevra chez elle. La vie, les événements nous font bouger, nous accueillir les uns les autres au fil des imprévus. Cela est bon. Et là, Dieu se dit.

Nos échanges sont à la fois simples et riches. Nous cherchons ensemble, à partir de nos expériences et de nos lectures, à partir de nos perspectives parfois très différentes. Certains parlent plus, d’autres moins; certains sont plus énergiques, d’autres plus paisibles; certains plus pragmatique, d’autres plus imagés. Nous ne sommes pas toujours d’accord. Mais le respect est premier entre nous. Et puis nous aimons bien à rire. Cela est bon. Et là, Dieu se dit.

La mission de reconnaître la « sainteté » du monde, de reconnaître ces traces de Dieu dans nos vies toutes quotidiennes de personnes seules, de couples, de parents engagés « dans le monde » est peut-être le privilège des laïques… Un grand privilège. Nous pouvons nous en réjouir et rendre grâce! Cela est bon. Car là, à chaque instant, Dieu se dit.

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