Témoins du Christ,

Responsable de la chronique : Marius Dion, o.p.
Témoins du Christ

Notre apostolat auprès des malades du Centre universitaire de Kigali

Imprimer Par Théogène Haberi et Lin Nibigira

Être au service des «malades» et des gens démunis, n’est pas le fait du hasard; c’est un geste qui relève du Christ notre Seigneur et Saint Dominique a été un proche et un ami des plus oubliés et en particulier des pauvres. L’Ordre n’a jamais passé à côté de « cette oeuvre de prédication », en soignant spirituellement les malades de toutes sortes et en compatissant avec les plus démunis.

Dans un vaste milieu hospitalier où les services sont très diversifiés, l’apostolat doit avoir un champ d’action bien déterminé: accompagner les malades au niveau spirituel sans aucune discrimination. Nous, frères novices, nous essayons de suivre le chemin de notre Père Dominique. C’est ainsi que, chaque année, un apostolat est prévu tout au long de l’année de noviciat. En ce qui nous concerne, nous avons donc exercé notre apostolat au Centre Hospitalier Universitaire de Kigali, auprès des malades les plus défavorisés et même abandonnés. Divers soins sont donnés dans cet hôpital universitaire au centre du pays. À cause de cela, nous y trouvons des patients, atteints des plus graves maladies, venant de tous les coins du pays. Des objectifs précis ont été fixés pour toute cette période réservée à notre mission : accompagner les malades spirituellement avec grande charité et être proches d’eux par l’écoute et le dialogue… On n’oublie pas les malheureux qui restent bloqués à l’hôpital, faute de moyens pour payer les frais médicaux et tous ceux qu’on rencontrait sur notre parcours entre les bâtiments.

Habituellement, dans nos cultures africaines et sûrement occidentales, visiter une personne malade revient à lui apporter quelque chose pour la soutenir, soit à manger, soit à boire, en respectant les prescriptions médicales, soit encore à donner quelques bonnes paroles d’assistance et de réconfort dans sa souffrance, l’animer par le dialogue et l’écoute. C’est sur ce dernier point que nous, nous focalisons le plus : l’assistance par le dialogue et l’écoute, une assistance spirituelle à la lumière de Jésus-Christ. Donc, mener une bonne conversation avec le malade serait une priorité, en évitant toute parole qui lui serait défavorable. Dans les salles, nous procédons lit par lit, quand nous voyons que nous avons du temps; sinon, nous choisissons les cas les plus graves pour savoir comment ils vivent et confrontent leur situation avec leur vie chrétienne. La plupart des personnes avec lesquelles nous conversons sont des chrétiens ou des croyants.

Les malades sont nombreux, suite à plusieurs facteur comme la pauvreté, le sida Plus d’un quart des patients rencontrés sont classés parmi les indigents provenant de régions de famine, souvent malades, pauvres transférés par d’autres hôpitaux, sans aucune relation familiale à Kigali, ou des enfants de la rue, ou des vagabonds, ou des malades chroniques souvent hospitalisés, ou des bébés abandonnés, surtout si la maman est victime du Sida ou d’un viol… sans oublier les cadavres que personne ne réclame, surtout de ceux qui ont vécu dans la solitude et qui meurent seuls.

Nos services auprès des malades

Nous constatons rapidement qu’il n’est pas facile d’accompagner les malades. Mais, nous faisons notre possible pour leur faire comprendre la mission à laquelle, nous les frères dominicains nous nous adonnons à l’hôpital. Les uns restent sceptiques et les autres saisissent quelque chose, puisqu’il y a ceux qui pensent que nous sommes venus pour payer les soins à ceux qui sont incapables de payer les frais. Notre mission première est l’assistance spirituelle. A partir de là, plusieurs comprennent que l’objectif poursuivi va dans un certain sens. Il n’est pas facile d’entrer en conversation profonde avec certains malades. Bien qu’il y ait quelques obstacles, surtout le manque de communication, on arrive à poser quelques gestes simples, de tels gestes de fraternité lui montrent qu’on est avec lui pour l’empêcher de désespérer. Signalons que beaucoup n’ont pas de gardes-malades (des membres de leur famille, des amis ou connaissances), ni personne de leur famille pour leur apporter le nécessaire. Nous avons soutenu des malades pauvres, selon nos possibilités.

Bien que la société Rwandaise manifeste beaucoup d’attention pour ses membres souffrants, il n’est pas rare de rencontrer des malades ayant des difficultés d’adaptation dans le milieu hospitalier et qui nécessitent une attention particulière.

Presque la majorité de patients sont pauvres et très dépourvus. Ils ne sont pas en mesure de payer les frais médicaux. Comme risque, s’ils ne sont pas expulsés de l’hôpital avant leur guérison, ils sont emprisonnés dans la salle 8 où ils sont surveillés en attendant qu’ils payent le dernier centime. Le remboursement de la dette cause de grands problèmes; ils sont mal soignés, car ils ne sont pas capables de se procurer les médicaments qui conviennent à leurs maladies. Et encore la solitude les accable. Cela touche leur « moral » qui affecte leur état de santé. Mais, les cas les plus graves sont ces femmes qui attestent que leur séropositivité relève de viols subis pendant le génocide. Si elles commencent leur anamnèse, il nous arrive de risquer de pleurer. Ce qui nous amène quelques fois à nous demander : «Que ferais-je à leur place ? ». En tout cas, il y a beaucoup de femmes qui maudissent les hommes. Le plus grand malheur que vivent ces femmes est que certaines affirment avoir été violées en présence de leurs enfants ou bien
elles ont subi de tels viols avec leurs filles. C’est une honte, un manque de culture et de mœurs.

Venir en aide aux malheureux n’est pas chose facile. Et il est impossible de venir en aide à tous ceux que nous rencontrons. Par exemple, il n’est du tout facile de se présenter devant un malade affamé en ayant les mains vides. Le malade seul a besoin dans son isolement de nourriture et d’autres soins. Il est souhaitable de faire constamment un petit geste. Soit, par exemple, faire une proposition aux chrétiens et aux bienfaiteurs afin qu’ils puissent créer un compte destiné aux personnes démunies hospitalisées au CHUK. Les novices qui vont à l’hôpital établiront un horaire pour voir pratiquement comment cette aide parviendra aux malades, soit encore, une fois par mois ou à toutes les deux semaines. L’hôpital soigne des patients ayant diverses maladies, parmi ceux-ci, plusieurs ont des maladies contagieuses. La personne malade est exposée à tous les regards; elle ne peut se cacher dans les salles. Or visiter les malades ce n’est pas le regard à distance.

Dieu abandonne-t-il les malades ?

À la suite de la succession des échecs et réussites, les conditions de vie de chacun ne sont pas les mêmes. Chacun selon ses capacités et ses moyens… Ils s’adaptent donc très différemment aux nouvelles situations qui se présentent. Souvent, on n’a pas de choix; les échelons de la vie nous posent des difficultés inouïes. C’est pourquoi, l’aide fraternelle devrait caractériser notre comportement fraternel le uns envers les autres. Nous devrions savoir comment venir en aide à nos frères et soeurs. Le monde est contaminé par toute sortes de pandémies physiques et spirituelles. Pour pouvoir gérer notre relation interpersonnelle, nous devons adopter le bon exemple légué par le Christ lui-même. Fils de Dieu, il s’est donné jusqu’à être cloué sur une croix afin de nous rendre la vie. Poser un geste de charité doit être une activité permanente, car beaucoup de personnes dans ce monde souffrent et ont besoin de « bons samaritains ». À l’exemple de notre Père saint Dominique, nous devons porter la souffrance des autres et cela sans tenir compte de nos liens fraternels amicaux ou parentaux. Venir en aide à ceux et celles qui sont dans le besoin est l’une de nos tâches apostoliques quotidiennes. Selon notre engagement, voilà comment suivre concrètement le Christ dans ce chemin d’amour qui dépasse toutes les frontières.

Nous tenons, pour terminer, à remercier tous ceux et celles qui ont contribué à 1a bonne marche de notre apostolat auprès des malades du CHUK. Ces visites nous ont d’abord révélé qu’il ne faut jamais oublier une personne en situation de souffrance et d’abandon…

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