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Vouliez-vous mourir?

Imprimer Par Denis Gagnon

De passage à la salle d’urgence d’un hôpital montréalais, j’ai entendu bien involontairement une conversation qui m’a bouleversé. Un médecin examinait une femme d’âge moyen. Celle-ci avait ingurgité des médicaments. Elle avait noyé le tout sous plusieurs bouteilles de bière. Le médecin auscultait, vérifiait la température, tâtait l’estomac… Il accompagnait ses gestes de quelques paroles sur un ton tranquille, aussi délicat que les gestes, aussi précis… Aux questions, la femme répondait en monosyllabes.

Soudain surgit doucement mais précisément la question des questions: «Vouliez-vous mourir ou seulement vous soûler?» La question était forte, assez pour que je n’en saisisse pas la réponse.

Vouliez-vous mourir? Peut-on arriver à vouloir mourir? La vie peut-elle devenir si laide que la mort puisse lui être préférée? La vie peut-elle devenir si sombre qu’on puisse trouver la disparition plus lumineuse?

J’ai connu des moments difficiles depuis que je suis né. Des nuages épais ont parfois assombris mon paysage. Mais la vie ne m’est jamais apparue comme un gouffre, une sorte de précipice au point que je veuille mourir. Si intense que furent certaines de mes souffrances, je n’ai jamais perçu la mort comme un soulagement non seulement possible mais même inévitable.

Certains diront que j’ai eu de la chance. Je l’admets. Par un bon jugement ou simplement par hasard, j’ai choisi, la plupart du temps, les bons sentiers. J’ai connu suffisamment de jours ensoleillés pour tenir le coup durant les tempêtes.

Je reconnais cependant que d’autres n’ont pas la vie aussi facile. Le site Internet du Centre de prévention du suicide de Québec affirme que «les hommes se suicident beaucoup plus que les femmes. Le problème singulier chez nous se manifeste notamment par l’augmentation du suicide chez les jeunes. Dans la majorité des pays industrialisés, les personnes âgées se suicident davantage que les jeunes. Au Québec, les taux de suicide atteignent des pics à différents âges et diminuent chez les personnes âgées. De fait, les taux de suicide les plus élevés se retrouvent chez les hommes âgés entre 25 ans et 55 ans et chez les femmes âgées entre 45 ans et 55 ans.» (www.cpsquebec.ca)

Que de gens manifestent discrètement des signes de détresse. Des gens au bord du gouffre crient leur souffrance. Certains avouent leur tentation de se donner la mort.

Quand le feu est complètement éteint, il faut rallumer la flamme. Ce n’est pas toujours facile, d’autant plus que la véritable guérison ne dépend pas de celui ou celle qui accompagne le suicidaire. Un suicidaire est sur la voie de la guérison seulement lorsqu’il rallume lui-même son feu, seulement lorsqu’il se prend en main. Et pour beaucoup, cela demande un courage énorme.

«Que faire lorsqu’une personne parle de suicide? Lorsqu’une personne lance des messages suicidaires, il est important d’en parler avec elle de façon claire et précise. Il s’agit d’évaluer ce qu’on appelle l’urgence suicidaire. Pour ce faire, on doit poser les questions suivantes : COMMENT veut-elle se suicider? (son moyen est-il accessible?) QUAND veut-elle se suicider?
OÙ veut-elle se suicider? En posant des questions claires, nous nous donnons la chance d’’avoir des réponses claires.» (Centre de prévention du suicide de Québec)

Qu’est devenue la dame qui s’est retrouvée à l’hôpital après s’être intoxiquée aux médicaments et à la bière? Voulait-elle se suicider? Je ne sais pas. Je ne le saurai jamais. Mais elle représente pour moi tous ces malheureux qui, dans l’anonymat, trouvent la vie pénible au point de ne plus avoir le courage de continuer. La chose la plus affreuse dans toute tentative de suicide, c’est le sentiment de solitude et d’oubli que ressent le suicidaire. La souffrance la plus grande réside dans l’impression de subir l’indifférence. Une détresse, quand elle est partagée, est moins lourde à porter. Un mal partagé est à moitié guéri.

Je ne croise pas des suicidaires tous les jours, mais, tous les jours, je peux faire attention, je peux prêter l’oreille aux appels des gens qui traversent ma route. La plus petite attention peut devenir une bouée de secours. On ne sait jamais!

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