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Aventure spirituelle

Une difficile mission africaine

Imprimer Par Le Livre des Merveilles

Le 28 septembre 1844. Le Zèbre, navire français, chargé de surveiller les côtes africaines, entre dans le vaste estuaire du Gabon. Il mouille à quelques encablures du fort d’Aumale, modeste forteresse que la marine française a élevée l’année précédente sur un plateau dominant la mer pour mieux poursuivre les trafiquants d’esclaves qui sévissent sur la côte Ouest de l’Afrique.

Ce jour-là deux épaves humaines débarquent du bateau : un prêtre et un jeune homme ramassé sur la côte. Ce sont les seuls rescapés d’une folle aventure apostolique qui, en deux ans, a presque anéanti la Mission venue pour évangéliser le côte Ouest de l’Afrique

Comment ces deux hommes, que la sentinelle voit franchir en titubant l’espace qui les sépare du fort, sont-ils arrivés jusque là ? Tout a commencé en 1841. Un juif converti et ordonné prêtre, François Libermann, convaincu de l’importance d’évangéliser l’Afrique, ouvre à la Neuville, près d’Amiens, le noviciat de la Société du Saint-Coeur-de-Marie, consacrée à l’Oeuvre des Noirs. La même année, Edward Barron, vicaire général de Philadelphie aux Etats-Unis, s’embarque pour le Libéria avec deux compagnons. Nommé vicaire apostolique des Deux-Guinées, territoire immense qui s’étend du Sénégal au Sud de l’Angola sur huit mille kilomètres de côtes, il arrive dans une Afrique que les Blancs connaissent encore très mal. Il n’existe aucune mission avant l’arrivée de Mgr Barron. Pour le soutenir dans sa tâche, il cherche des compagnons. L’abbé Libermann lui propose alors sept recrues du Saint-Cœur-de-Marie; ceux-ci s’embarquent pour l’Afrique le 13 septembre 1843 sous la conduite du père Jean-Rémi Bessieux, un prêtre de quarante ans. Trois orphelins bordelais se joignent à eux. L’un d’eux s’appelle Grégoire Sey. Il est âgé de dix-neuf ans et sort d’un atelier de tailleur.

À la fin du mois de novembre, ces renforts parviennent au cap des Palmes, sur la côte de ce qui va bientôt devenir le Liberia. Ils y retrouvent les deux premiers compagnons de Mgr Barron. Dès mars 1844, deux missionnaires meurent, victimes de leur inexpérience et de leur zèle imprudent. Au cours de la même année, trois autres succombent. Mgr Barron constate l’échec et, découragé, décide de rentrer en Amérique.

Cependant avant de quitter l’Afrique Mgr Barron écrit au père Bessieux et à son compagnon. Il leur apprend la mort des uns, le rapatriement des autres et la perte de tout le matériel. Que faire dans ce vaste continent qui dévore hommes, argent et équipement? La conclusion de l’évêque est clair : « Repartez en Europe¸ moi je repars en Amérique. » Mgr Barron est tellement certain que ses conseils sont parvenus à ses deux derniers compagnons que, dans une lettre du 7 août 1844, il annonce leur arrivée prochaine en France.

C’est compter sans les défaillances du courrier en Afrique; Jean-Rémi Bessieux et Grégoire Sey n’ont pas reçu sa lettre et se sont retrouvés seuls, abandonnés. C’est ainsi que le Zèbre les a recueillis en fort piteux état. Une fois débarqués au Gabon, ils renoncent à se faire rapatrier et s’installent au fort d’Aumale, dans une modeste case en bois. Le père Bessieux écrit à Libermann. Ses six premières lettres, confiées au commandant des navires qui font escale au fort d’Aumale, se perdent en route. En France, on est de plus en plus persuadé que les infortunés missionnaires sont morts. Une messe est même célébrée pour eux. Enfin, la septième lettre atteint son destinataire en juin 1845. Libermann leur écrit aussitôt sans que ses lettres connaissent un sort plus heureux. L’isolement et l’inquiétude des missionnaires se prolongent donc jusqu’à cette soirée d’octobre 1845 où le courrier tant attendu arrive enfin.

« Le commandant, par une délicatesse qu’on ne saurait trop louer, fit porter les lettres à onze heures du soir à M. Bessieux qui n’était pas encore couché. Ce bon père s’en fut réveiller Grégoire et ils s’en furent à la chapelle lire leurs lettres, à genoux devant le très Saint Sacrement. Que de larmes de joie coulèrent. Ils n’avaient reçu aucune nouvelle de France, ni de la Congrégation depuis deux ans. Ils croyaient la société dissoute et ils apprenaient par leurs lettres que au contraire, elle était très florissante, et de plus, que de nouveaux confrères venaient à leur aide. Ils se mirent à chanter le Magnificat en action de grâces. Il était minuit. »

L’œuvre des noirs a progressé à vive allure. Rome se soucie de plus en plus des missions africaines et prête une oreille attentive aux suggestions qu’émettent des spécialistes de la question comme Libermann. L’encyclique Neminem profecto que Rome publie en 1845 encourage vivement les missionnaires à susciter l’émergence d’un clergé local et à lui confier de plus en plus de responsabilités.

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