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Dieu en famille

Car ils voient la face de Dieu

Imprimer Par René Voeltzel

« Car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père, qui est dans les cieux » (Mt 18, 10b).

Ce texte est isolé : il n’a pas de parallèle dans les autres Évangiles et nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Il peut cependant exprimer, dans un langage emprunté à l’angéologie biblique, la réalité de la vie spirituelle de l’enfant. On a pu s’étonner que la « révélation » contenue dans ces paroles de Jésus ait été « systématiquement négligée dans les discussions contemporaines » au sujet du pédobaptisme (1) ; du moins une exégèse, pertinente quoiqu’un peu audacieuse, a-t-elle pu en être donnée, annoncée dans les termes suivants : «  Le petit enfant, par l’intermédiaire de son « ange », c’est-à-dire d’une contre-partie invisible de son être, est rattaché à son Père céleste d’une manière particulièrement intime que les adultes ne connaissent pas. – Pourquoi? le texte ne donne pas de réponse précise. Mais en tout cas les choses se passent comme si son âme n’avait pas encore perdu le contact avec son Créateur, comme si le cordon ombilical spirituel le reliant au monde invisible n’était pas encore complètement coupé. Notre passage nous donne donc, en utilisant une croyance de l’époque, une révélation de la plus haute importance sur la situation religieuse des « petits ». Il nous engage à voir dans les nourrissons autre chose que des petits animaux dénués de dignité religieuse. Ce que nous apercevons dans l’enfant, avec nos yeux charnels, ne représente, selon l’enseignement de Jésus, qu’une petite partie de leur essence. En réalité, ils sont, d’une manière mystérieuse, encore plus près de Dieu que les adultes, et agréés par lui. » (2)

(…) L’expression « voir la face » désigne, bibliquement, le privilège qu’ont les courtisans de se tenir en présence de leur souverain. Il est souvent dit des anges qu’ « ils se tiennent devant Dieu ». Ces remarques ont permis la traduction suivante : « Leurs anges aux cieux se tiennent constamment en présence de mon Père qui est aux cieux ». Il nous paraît cependant préférable de conserver l’expression : « Ils voient la face de mon Père »; l’enfant a ce privilège inouï, refusé à Moïse, de voir la « face » de Dieu. Dans Exode 33, en effet, l’homme adulte Moïse n’a de Dieu qu’une connaissance « indirecte »; il ne voit Dieu que « par derrière »; il ne voit de lui, littéralement, que « le derrière de la face », la « trace »; sa présence ne lui est manifestée que « dans son objectivité secondaire, c’est-à-dire par le moyen de ses œuvres ». (3) (…) L’enfant, par définition étymologique, ne parle pas, mais il voit. (…)

« Les anges existent », disait Romano Guardini et John Henry Newmann disait de l’enfant qu’ « il a ce grand privilège qu’il semble avoir quitté tout récemment la Présence de Dieu; (…) il revient, pour ainsi dire, d’un voyage à de plus haute sphères ». (…) De telles affirmations peuvent paraître quelque peu audacieuses. (…) Il nous paraît cependant légitime de retenir l’idée d’un « voisinage » dans lequel l’enfant nouveau-né se trouve par rapport à Dieu et au monde spirituel.

Texte de René Voeltzel. Tiré de : L’enfant et son éducation dans la Bible, Paris, Beauchesne, 1977, pp. 75-79.

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