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Les creux de la vague

Imprimer Par Louis Évely

L’amour, ça s’invente tous les jours, et surtout au moment où l’on croit qu’on a cessé d’aimer. Les périodes de croissance sont toujours des périodes de crise. Ce ne sont pas les promesses, l’engagement devant la loi, l’indissolubilité qui vous maintiennent ensemble, mais l’expérience de l’amour.

Dans la foi, si vous avez un doute, vous vous demandez: ‘Est-ce que je ne cesse pas de croire?’ C’est précisément alors le moment de grandir dans la foi. Évidemment vous pouvez tout abandonner, dans la foi comme dans l’amour, à cause de cette impression que vous n’aimez plus.

Mais si vous connaissez les lois de l’amour, vous savez que vous trouverez là l’occasion d’un ressourcement de l’amour. C’est le propre de l’amour de passer par des périodes d’obscurité, c’est le propre de l’amour de passer par des tunnels, c’est le propre de l’amour de s’épurer progressivement en se détachant de la manière dont on s’aimait, pour s’attacher encore davantage à la personne qu’on aime.

Tout amour durable se bâtit sur une déception surmontée, une insensibilité vaincue, une agressivité maîtrisée. Tant que vous avez le même plaisir à être ensemble, impossible de dire si vous aimez l’autre ou si vous aimez seulement votre plaisir. Tant qu’il n’y a que plaisir, tant que vous avez la même joie à être ensemble, impossible de dire si vous aimez votre joie ou si vous aimez votre femme. C’est au moment où vous croyez perdre l’amour que vous apprenez à aimer en profondeur.

C’est l’amour lui-même, l’amour qui a l’expérience de ces intermittences, et qui sait donc que l’on ne cesse pas d’aimer quand on cesse de sentir que l’on aime. Un amour assoupi peut se réveiller si vous recommencez à vous recréer. Vous ne redeviendrez vivants qu’en vous retransformant ensemble. La mesure de votre entente conjugale est la mesure de votre consentement à vivre.

Lorsque le Christ a vu la pauvreté des êtres qui l’entouraient, ce n’est pas le fait qu’ils soient mauvais ou pécheurs qui l’a ému, mais bien le fait qu’ils soient tellement peu vivants. Alors il a choisi de s’offrir lui-même tout entier: «Je suis la Vie, je vous donne ma vie, pour que vous l’ayez en abondance. »

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