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Maîtriser les violences. Le combat de la charité

Imprimer Par André Mahé

En introduction à ce témoignage, permettez-moi de citer la « chartes des communautés chrétiennes des policiers de France » (article 3), que nous essayons de vivre : « Pour un chrétien, être policier n’est pas un métier comme les autres, c’est une profession qui touche au plus profond de l’humain, aux droits mêmes de l’homme et à leurs enjeux. Cette responsabilité du policier est incessible au même titre que son identité. Le policier, en effet, ne peut pas se défaire de sa responsabilité, pas plus qu’il ne peut céder son passeport ou sa carte professionnelle.

Pour le policier, identité et responsabilité ne font qu’un. Etre policier est une responsabilité qui lui incombe. Cette responsabilité est une charge redoutable, mais c’est aussi une grandeur et une dignité. En s’affirmant policier, le chrétien révèle la mission profonde de l’homme à partir de la responsabilité. Etre chrétien n’est pas un pouvoir, c’est un service.

En ce sens, le policier est appelé à rejoindre l’appel profond de l’Evangile où le Christ dit ; « je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir ». C’est pourquoi, pour le policier chrétien, il est important de lier son identité de policier et son identité de chrétien. Sa manière à lui d’être chrétien, c’est d’être policier et sa manière d’être policier, c’est d’être chrétien. » Et un peu plus loin : « Les communautés chrétiennes veulent rendre visible aux yeux de tous combien toute blessure de l’homme blesse l’Eglise toute entière.

Le policier chrétien est témoin que la passion de Jésus-Christ est loin d’être achevée et qu’il est crucifié chaque jour. Rien de ce qui intéresse les hommes ne peut rester étranger à l’Eglise et pour l’Eglise les policiers sont aux avant-postes des frontières de l’homme…. »

La violence, nous la connaissons, nous la vivons, nous la subissons, et certains aussi chez nous l’utilisent. Mais comment réagir face à elle ?

D’abord, il faut savoir que les jeunes aujourd’hui – mais pas seulement eux, les adultes aussi-, dans certaines cités, sont manipulés et endoctrinés par des adultes : les trafiquants de drogue, les trafiquants d’armes. Ils connaissent les jeunes, les lieux où ils se rassemblent. Ils savent que, bien souvent, ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, abandonnés par leur famille, oubliés par leur entourage.

Dès que ces jeunes se trouvent en face de la police, ils utilisent l’insulte pour provoquer la violence. Ils en profitent pour observer nos réactions, nos faiblesses. Si nous, policiers, fardons le calme, la pression tombe très vite chez les jeunes et ils cherchent à engager le dialogue. Cela se passe quelquefois dans les caves, mais le plus souvent dehors. La rue est devenue le seul lieu où ils peuvent s’exprimer, puisque dans certaines familles on ne peut pas parler.

C’est à partir de ce moment-là qu’il faut prendre son temps pour les écouter, pour les comprendre et aussi pour les aider. Très vite, on découvre chez eux un besoin de présence d’adultes, un besoin de considération, un besoin d’être pris au sérieux, un besoin d’être reconnus, un besoin de savoir qu’ils existent.

Je me souviens de ce jeune qui était devenu spécialiste de la fauche dans les supermarchés. Chaque fois qu’il intervenait, on savait où il se rendait avec sa marchandise ; chaque fois on l’interpellait et on leprésentait au commissaire de police mais aussi au juge. C’est vrai qu’il était maladroit.
Mais, écoutez bien ce qu’il nous a dit un jour : « Lorsque je comparais devant le juge, lui au moins est obligé de m’appeler par mon nom. Autrement qui sait mon nom dans le quartier ? Qui sait que j’existe ? Qui fait attention à moi ? ».

Il y a une multitude de jeunes qui se trouvent dans ces situations. Voila donc pourquoi il faudrait peut-être nous interroger : « Comment vais-je à la rencontre de ces jeunes ? Comment vais-je dans le quartier pour m’informer ? »

… Je voudrais terminer par une réflexion : le 22 novembre 1998, c’était la fête du Christ-Roi. Au chapitre 23 de Luc, nous étions invités à rejoindre le Christ , c’est-à-dire Dieu fait homme jusque dans la violence a subie lui-même. Dieu a consenti à notre humanité jusque dans les violences de cette humanité qu’il a créée. Lui qui a été flagellé, sur qui on a craché, qu’on a fouetté jusqu’à l’agonie, c’est quand il est présenté devant la foule avec sa couronne d’épines et son chiffon rouge sur les épaules que Pilate le désigne ainsi « Voici l’homme. »

Nous pensons, nous policiers, que ce passage de l’Evangile n’est pas une invitation à subir toutes les violences, à accepter toutes les violences, à être heureux d’être victimes de toutes les violences. La question que pose cet Evangile (je vous la pose aussi), c’est : Que faisons-nous de l’homme ? Quel visage donnons-nous à l’homme ? Quelle royauté accordons-nous à l’homme ? Nous savons que l’Evangile est venu nous mettre face à face, devant ce Christ qui a été crucifié, injurié, qui l’est encore aujourd’hui.

Que veut dire pour nous ce visage de l’homme ? N’est-il pas le visage de Dieu ?

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