Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

1er Dimanche du Carême. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Victoire

Quand Jésus, rempli de l’Esprit Saint, revint des bords du Jourdain et fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable, il ne mangea rien durant ces jours-là, et lorsqu’ils furent écoulés, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain. » Mais Jésus lui répliqua : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » L’emmenant alors plus haut, le diable lui fit voir en un instant tous les royaumes de l’univers et lui dit : « Je te donnerai toute cette puissance et la gloire de ces royaumes, car elle m’a été remise et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle t’appartiendra tout entière. » Mais Jésus lui répliqua : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte. » Puis il le conduisit à Jérusalem, le plaça sur le faîte du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas; car il est écrit : « Il donnera pour toi des ordres à ses anges afin qu’ils te gardent. » Et encore :« Ils te porteront dans leurs mains de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre. » Mais Jésus lui répliqua : « Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de la tentation, le diable s’éloigna de lui pour revenir au temps marqué.

Commentaire :

Événement historique, réflexion de l’auteur ou des premiers chrétiens ? Assurément, nul personnage de l’Église primitive ne pouvait raconter l’événement comme témoin. Qui a vu et entendu ? Si nous savons quelque chose de cet assaut du diable contre Jésus et du triomphe de ce dernier, ce qui s’est passé dans la solitude du désert, est-ce uniquement parce que Jésus en a dans la suite parlé à ses disciples ? Quelqu’un, fut-ce l’évangéliste lui-même, aurait-il pu imaginer la scène de Jésus au prise avec Satan ? La possibilité d’un pareil événement ne peut-elle se baser sur tout autre fondement que la parole du Christ lui-même ?

Après l’obscurité de Nazareth où Jésus vécut une trentaine d’année, il va entreprendre son ministère. Rien d’anormal à ce qu’il réfléchisse à sa mission et en perçoive toutes les difficultés. Deux voies s’ouvrent alors devant lui : la facilité d’une part ou le renoncement et la souffrance d’autre part. Délibérément, Jésus va opter pour la voie de la fidélité à la volonté de son Père. Voilà en somme une leçon que Jésus aurait pu donner à ses disciples en un langage imagé et concret chargé d’évocations bibliques. Nos ancêtres dans la foi ont pris tout cela au pied de la lettre. Nul ne peut mettre en doute la réalité des tentations dans la vie de Jésus, libre à chacun de s’en faire une représentation adaptée à son temps. La question essentielle n’est pas tant la vérité historique que la signification doctrinale du récit dans l’intention de Luc et pour aujourd’hui.

LIEUX DE TENTATIUON

La première question posée suite à l’évangile des tentations est donc celle du sens de l’épisode dans la pensée de Luc. Avant de savoir comment les choses se sont passées en réalité, il faut nous questionner sur le sens du récit. Peut-être faudrait-il prendre comme clé de l’épisode les trois citations que Jésus emprunte au Deutéronome ( Dt. 8 : 3 ; 6 : 16 et 13) : rappels des principaux événements du séjour des Israélites dans le désert, trois leçons sur les épreuves et les tentations. Là, au désert, c’est Dieu lui-même qui « tente » son peuple pour mettre sa fidélité à l’épreuve ; ici, le tentateur est le diable.

Dans la première tentation, Jésus revit l’épreuve traversée par Israël dans le désert lorsque Dieu fit pleuvoir la manne. Dans la faim, par ses murmures et sa désobéissance, Israël avait succombé à l’épreuve, mais Jésus au contraire traverse victorieusement l’épreuve. Dans la deuxième tentation, le récit évoque l’histoire où Israël, par manque d’eau, tenta Dieu et réclama de sa part un signe de présence en l’obligeant à intervenir. Là où pèche le peuple, Jésus refuse de mettre Dieu en demeure de faire un miracle. Enfin, dans la troisième tentation, à l’entrée de la terre de Canaan, Israël est tenté d’adorer les dieux du pays pour se les concilier, comme si le pays, la Terre Promise dépendait de la faveur des divinités plus que de la promesse du Dieu du Sinaï. Enfin, là où Israël succombe une fois encore, pour la troisième fois Jésus triomphe. Incontestablement, ce récit des tentations de Jésus rappelle les tentations du séjour du Peuple de Dieu au désert durant quarante ans.

Pour nous, du XXe siècle, nous sommes en ce monde et demeurons toujours comme le peuple de Dieu dans sa marche au désert vulnérables aux tentations de facilité, de succès et d’honneur dans les diverses situations de notre engagement chrétien. Telle est la mise en garde de Paul aux Corinthiens : « …Ces faits (du désert) se sont produits pour nous servir d’exemple, pour que nous n’ayons pas de convoitises mauvaises comme ils en eurent eux-mêmes. Ne devenez pas idolâtres comme certains d’entre eux… Ne tentons pas le Seigneur comme le firent certains d’entre eux… Cela leur arrivait pour servir d’exemple et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps. Aucune tentation n’est survenue qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. » (1 Co. 10 : 6-13)

TENTATION ET ÉPREUVE

Les tentations de Jésus, tant au désert qu’au jardin des Oliviers, nous révèlent que la condition humaine est pour tous dure et dangereuse, lutte constante contre les puissances des ténèbres (Ep. 6 : 12), la victoire est cependant assurée. Jésus fut éprouvé comme jadis Israël au désert, mais il est non moins tenté, sollicité au mal par Satan. Donc, en même temps, l’épreuve dans la vie de Jésus apparaît comme tentation. Quelle différence entre l’une et l’autre ? Toute la vie de Jésus se déroule avant tout sous le signe de l’épreuve. L’auteur de la lettre aux Hébreux reconnaît en Jésus le grand prêtre miséricordieux et fidèle parce que « du fait qu’il a lui-même souffert par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés. Tenons ferme par la profession de foi ; car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché. » (He. 4 : 14-15) Si comme son Maître le disciple connaît l’épreuve, il doit y trouver un motif de joie : « Tenez pour une joie suprême, mes frères, écrit l’apôtre Jacques, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves. » (Jc. 1 : 2) « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve ! Une fois sa valeur reconnue, il recevra la couronne de gloire que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. » (Jc. 1 : 12) Nécessaire et bonne, l’épreuve demeure toutefois dangereuse ; appel à avancer dans la foi, elle peut devenir aussi tentation, une sollicitation intérieure à faire le mal et être l’œuvre de Satan. Toute épreuve demeure un choix entre Dieu et Satan (Ep. 6 : 11). La vie chrétienne est une vie constamment menacée par la tentation (Ga.6 : 1) i.e. par Satan lui-même. Mais « Dieu ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Avec la tentation, il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter » (1 Co. 10 : 13).

La victoire du Fils de l’homme est gage de notre victoire.

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