Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Baptême du Seigneur. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Fugitive révélation

Jean le Baptiste annonçait dans sa prédication : « Voici que vient derrière moi celui qui est plus puissant que moi ; je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour délier la courroie de ses chaussures. Pour moi, je vous ai baptisés avec de l’eau, mais lui vous baptisera avec l’Esprit Saint. En ce temps-là Jésus vint de Nazareth de Galilée et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Au moment où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre sur lui ; et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. »

« Il arriva en ces jours-là. » Nous sommes au début d’un nouveau récit de Marc, indépendant du précédent. Marc tente de présenter les événements selon les oracles prophétiques et tel que voulus par Dieu. Comme prélude à son enseignement, Marc présente Jésus de « Nazareth de Galilée ». C’est la première fois qu’il en parle. Il précisera à l’intention de ses premiers fidèles que, par le Baptême de Jésus, le baptême de Jean atteindra son véritable aboutissement.

C’est ici la première scène de la vie du Jésus : consécration et mission à l’œuvre du salut et toute première révélation sur le mystère du Christ ; « Commencement de la bonne Nouvelle ». (1 : 1) Marc se montre très discret sur la prédication de Jean Baptiste. L’unique parole du précurseur sera : « Celui qui est plus puissant que moi, lui, vous baptisera avec l’Esprit Saint. »

Commentaire :

ORIGINE DU MESSIE

Les auditeurs de Jean Baptiste connaissaient par les prophètes quelques précisions concernant le Messie : « Un rejeton sort de la souche de Jessé ( père de David ), un surgeon pousse de ses racines ; sur lui repose l’esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d’intelligence…» (Is. 11 : 1-3) Sa relation avec Yahvé était également révélée : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que préfère mon âme. J’ai mis sur lui mon esprit pour qu’il apporte aux nations le droit. » (Is. 41 : 1) « L’esprit du Seigneur est sur moi, car Yahvé m’a oint (Christ). Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris. » (Is. 61 : 1) La déclaration du Baptiste va donc annoncer et identifier ce Messie tout proche qui va répandre l’Esprit Saint.

De la lointaine province du Nord, tant décriée, réputée à demi-païenne, la Galilée, du plus petit de ses villages : « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? » (Jn.1 : 46) s’amène l’Inconnu, le « Désiré des nations ». La Galilée : théâtre de ses premières prédications, des premiers faits et gestes de Jésus, lieu d’appel des premiers disciples et rendez-vous ultime de l’Ascension. Alors que le Baptiste semblait lié à la Judée (1 : 5), Jésus venait de Galilée pour y retourner (1 : 14).

BAPTÊME DE JÉSUS

Le baptême de Jean consistait en un rite ancien, préparatoire au rite nouveau sanctifiant c’est à dire le baptême dans l’Esprit, rite sacramentel bien connu des auditeurs de Marc. Jean le précurseur promet une activité messianique qui répandra l’Esprit et réalisera ainsi les prophéties anciennes. La prédication de Jean Baptiste, selon Marc, annonçait la venue imminente du Messie, investi de la puissance de Dieu, incomparablement plus digne que le Baptiste.

« Remontant de l’eau ». Détail, croirons-nous, mais sans doute d’importance pour l’évangéliste qui semble vouloir s’en tenir à l’essentiel. Symbolisme pour le néophyte qui à son tour remonte de la piscine baptismale, signe de sa résurrection avec le Christ. Marc enchaîne immédiatement avec la révélation du dessein de Dieu dans l’histoire du salut. Jésus « vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui ». En son style coloré, Marc a certes puisé inspiration dans le prophète : « Ah! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » (Is 63 : 19) Longue et vibrante prière d’Israël appelant le salut sur lui. Dieu met fin au long silence et ouvre l’ère de sa miséricorde ; il envoie l’Esprit, expression de son amour pour son Fils bien-aimé.

L’évangéliste poursuit : « Une voix se fit entendre »… Dieu révèle par l’Esprit l’intimité exceptionnelle qui le lie à son Fils : « Tu es mon fils », révélation à laquelle répondra le cri du Fils : « Abba, Père ! ». (14 : 36) mots tout empreints de filiale affection et de tendresse.

Le récit de ce Baptême de Jésus était d’importance dans l’évangile de Marc. Soucieux de substituer à Juda le traître un homme vraiment digne, les apôtres posèrent comme condition : avoir été compagnon du Seigneur « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé. » (Ac. 1 : 22)

RÉVÉLATION

Fugitive révélation. Jamais dans la suite du récit de Marc, nous surprendrons sur des lèvres humaines, fussent celles de Pierre, l’appellation de « Fils de Dieu » attribué à Jésus. Seule une voix divine pouvait le révéler. Mais ce titre sera repris au sommet du Calvaire à l’heure où Jésus se meurt sur la croix comme le plus méprisable des humains : un homme enfin ! un païen, fera la première profession de foi chrétienne : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » (15 : 39) Vision fugitive comme celle du Baptême de Jésus.

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