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Première religieuse indienne Kateri Tekawitha

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Une vieille indienne caresse les longs cheveux noirs de petite Clarté du Ciel qui retrouve peu à peu la vie dans ce village indien d’Ossernenon au Canada, où une terrible épidémie de variole sévit depuis plusieurs semaines. En 1660, la variole est une maladie mortelle. La jeune Iroquoise a perdu sa mère, la chrétienne et pieuse Fleur de Prairie, son père, le chef guerrier Kenhoronkwo qui a reçu le baptême avant de mourir, et son petit frère, Trèfle Rose. Hélas, Clarté du Ciel porte à jamais sur son visage les stigmates de la maladie, et elle est presque devenue aveugle. Petite Clarté du Ciel devient alors, pour toute la communauté de son village, Tekakwitha, celle qui avance en hésitant.

La petite fille n’a que quatre ans. Elle est recueillie par son oncle Onsegongo, sa femme Gannantaha et la sœur de cette dernière qui vit sous le même toit, Maghenta. Tous les trois ne sont convertis et ne cachent pas leur hostilité à l’encontre des chrétiens. Ils interdisent à l’enfant de fréquenter les amies de sa mère.

La petite Tékakwitha est souvent d’humeur mélancolique et montre un grand penchant pour la solitude. Son statut de jeune orpheline atteinte de disgrâces renforce ces traits de caractère. Mais elle témoigne d’un naturel serviable et des dons manuels étonnants, largement exploités par sa nouvelle famille. Tekakwitha acquiert rapidement une réputation de jeune fille douce et travailleuse. Mais la petite Indienne se sent isolée au sein d’une famille pour laquelle elle est corvéable à merci. Son seul refuge est la prière qu’elle pratique en cachette. Car, malgré l’interdiction de sa famille de pratiquer le culte chrétien, Tekakwitha n’a rien oublié des enseignements de sa mère. Elle souhaite ardemment rencontrer les fameuses Robes-Noires, ces missionnaires jésuites qui ont naguère apporté la bonne parole dans les villages indiens. Mais les belliqueux Iroquois, en guerre avec les autres tribus huronnes et algonquiennes, ont depuis longtemps chassé les missionnaires de leurs terres, où ils refusaient la présence des Français.

Les Robes-Noires vont pourtant revenir. Devant les attaques incessantes des Iroquois, les Français s’allient aux autres tribus et leur déclarent la guerre. Rapidement ac , les Iroquois missionnaires peuvent ainsi s’installer à nouveau aux abords du village de Tekakwitha. La première hutte qu’ils visitent est celle qui abrite sa famille. Tekakwitha émerveillée boit leurs paroles, comme une assoiffée dans le désert. Lorsqu’elle atteint l’âge de douze ans, on songe à la marier. Mais Tekakwitha refuse tout engagement, même auprès d’un valeureux guerrier qui apprécie la gentillesse, la modestie et le courage de la jeune fille. Elle désire avant tout se rapprocher de Dieu et vivre loin des rites païens et des tentations qui pourraient souiller son âme… Bientôt les bons pères s’installent à demeure dans le village de Tekakwitha, pour la plus grande joie des quelques chrétiens de la communauté. La première église est édifiée. Pour la jeune fille, l’arrivée de la mission est un rayon de soleil qui éclaire un cœur assombri par des années de privations, privée de prier Dieu, privée de l’honorer.

Aux premiers cours de catéchèse donnés par le Père de la Mission, elle est la plus fervente et la plus assidue. Mais son oncle lui interdit à nouveau de fréquenter les missionnaires et de se rendre à l’église. La présence des Robes-Noires est pourtant mieux acceptée. La jeune Indienne est finalement autorisée à fréquenter la maison du Seigneur si elle a terminé sa besogne. Plus vertueuse que jamais, elle est prête à tout endurer pour être digne de Celui qui a donné sa vie pour sauver tous les hommes. Et, le matin de Pâques de l’an 1676, Tekakwitha reçoit enfin le baptême. Elle prend le nom de Catherine, Kateri en iroquois. Son cœur est débordant d’amour, la pitié et le bonheur inondent son visage. age.

Son union à Dieu sera dès lors indéfectible, malgré toutes les difficultés qu’un entourage hostile opposera à sa foi ardente. Kateri, vit le plus humblement possible, partageant son temps entre les actes de charité et les travaux domestique, à la maison, aux champs et aux bois. Elle endure avec patience les brimades et les mauvaises plaisanteries des siens qui se moquent de sa foi et de ses mœurs jugées austères. Ils n’hésitent pas, par exemple, à la priver de nourriture le jour du Seigneur, prétextant qu’elle n’a pas gagné sa pitance puisqu’elle ne travaille pas ce jour-là. On l’accuse de jeter des sorts funestes avec son chapelet et d’être la maîtresse de son oncle. Constamment harcelée par ses semblables qui s’acharnent à l’humilier. Kateri ne connaît plus le repos. Mais sa foi reste inébranlable et s’affermit chaque jour dans le pardon de l’offense. Toujours plus humble, elle pardonne chaque brimade et offre à Dieu et à son infinie miséricorde tous les instants d sa vie.

Le plus difficile pour la jeune fille est de ne pas pratiquer sa foi au grand jour de façon constante; elle tremble toujours à l’idée que son oncle pourrait une fois de plus lui interdire le chemin de l’église. Cela lui devient tellement insupportable qu’elle décide de quitter le village. Un jour, trois missionnaires de passage partent pour la Prairie, une mission iroquoise située sur les bords du Saint-Laurent. Un groupe d’Indiens y vit selon les enseignements du Christ. Les anciennes amies de la mère de Tekakwitha ont fini par s’y installer, lassées de subir les persécutions de leur village. Échappant à la vigilance de sa famille, elle s’enfuit avec les missionnaires. Après plusieurs jours de route et de navigation vers la rive sud du Saint-Laurent, ils arrivèrent enfin à bon port. Kateri reconnaît aussitôt ses amis qui l’accueillent avec des transports de joie.

Sa vie d’humble servante du Seigneur reprend son cours familier. Elle vaque aux occupations ménagères et agricoles pour la famille qui l’a adoptée. Mais désormais, elle ne manque plus aucun office, et sa vie religieuse devient le centre de son existence. Son zèle émerveille tant les missionnaires qu’elle reçoit la première communion le jour de Noël, seulement quelques mois après son arrivée. La reconnaissance de ses vertus va plus loin encore : à Pâques de l’an 1678, elle est reçue dans la confrérie de la Sainte-Famille où ne sont ordinairement admises que les personnes âgées ayant prouvé la constance de leur foi.

Lorsque, pour la seconde fois, on tente de la marier, la jeune fille décide de devenir ouvertement l’épouse de Jésus et la soeur des Anges. C’est chose faite le 25 mars 1679, jour où elle prononce ses vœux de virginité : c’est le plus grand moment de son ascension spirituel et le couronnement de sa vie mystique. Le reste de ses jours sera un long dialogue d’amour entre son âme légère et le Christ Sauveur. Modèle d’humilité, d’abnégation et de constance, Katheri Tekakwitha rejoint son Bien-Aimé à vingt quatre ans, le 17 avril 1680. La première Indienne consacrée au Christ partait pour l’Éternelle Prairie.

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