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Responsable de la chronique : Christine Husson, l.o.p.
École de la prière

La méditation : une expérience chrétienne – 2e partie

Imprimer Par John Main, osb

Pour pouvoir inspirer son prochain, il ne suffit pas d’être courageux, bien que cette qualité soit nécessaire. Effrayé, Moïse interrogea Dieu: S’ils refusent de me croire et de m’entendre, et s’ils me disent: Yahvé ne t’est pas apparu (Ex 4,1) L’éloquence ne suffit pas non plus, bien qu’elle sera donnée. Il n’existe pas de qualité qui permette à l’homme de poser la question qui le sauvera. Lorsque l’homme se voit agir en tant qu’instrument du Verbe, alors il reconnaît qu’il est guidé par l’Esprit. Et il le reconnaît parce qu’il a vu son propre esprit; parce qu’il a entrevu les profondeurs de son propre esprit et qu’il a compris que son esprit est de Dieu.

Cette connaissance, dont saint Paul reconnaît qu’elle surpasse toute connaissance, nous fait naître à nouveau dans l’Esprit; elle nous fait éprouver l’expérience chrétienne originale qui exalta l’Église primitive et qui se répandit grâce aux prédications de Saint Paul et des saints de siècle en siècle. C’est l’expérience qui commence dans la rencontre silencieuse avec nous-mêmes. Tout doit y être assujetti: possessions, possessivité, désir et honneur, corps et esprit. Nous devons renoncer à tout si nous voulons atteindre cet état de parfaite simplicité qui n’exige rien de moins que le don de tout, et qui ouvre nos yeux à la présence et à l’amour du Seigneur Jésus en nous, ainsi qu’à la présence de son Esprit, qui est en communion perpétuelle avec Dieu le Père. Saint Paul nous dit: Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. (Rm 8,9) La question rédemptrice posée par le chrétien prend naissance dans les profondeurs de son expérience de l’esprit, et elle stimule ses contemporains à découvrir ces mêmes profondeurs en eux?mêmes. Toutefois, il n’est possible de parler que de ce que l’on a vu. L’Évangile de Jean nous rappelle que ce qui est né de l’Espit est esprit. (Jn 3,6)

Peu de générations ont fait preuve d’autant d’introversion et d’auto?analyse que la nôtre. Pourtant, il est notoire que l’étude de l’homme moderne sur lui?même demeure stérile, et ce, du fait surtout de sa non?spiritualité radicale: cette étude n’a pas été menée dans la lumière de l’Esprit, elle n’a pas tenu compte de cette dernière en tant que dimension réelle et fondamentale de la nature humaine. Sans vie spirituelle, il n’y a ni productivité, ni créativité, ni possibilité d’épanouissement. C’est le devoir du chrétien de le souligner avec l’autorité de celui qui sait vraiment ce qu’est l’Esprit, et cela parce qu’il reconnaît son propre esprit, parce qu’il reconnaît cet épanouissement infini de l’esprit de l’homme rendu possible lorsqu’il accepte la présence de l’Esprit de Dieu, celui par qui il existe.

Ce chrétien possède un pouvoir: le pouvoir du Seigneur ressuscité. Ce pouvoir réside dans la libération de l’esprit accomplie durant le cycle de la mort et de la résurrection, grâce à notre participation à la mort et à la résurrection de Jésus. Ce à quoi nous mourons lorsque nous persévérons dans notre volonté de nous ouvrir à l’Esprit, c’est à notre ego étroit et limité, à nos préoccupations insignifiantes et aux ambitions qui entravent le rayonnement de notre être; nous mourons à la peur que nous éprouvons à la vue de la lumière qui émane de notre être; nous mourons à tout ce qui constitue un obstacle à la vie, à la vie dans toute sa plénitude. La découverte de notre propre esprit, de notre vrai soi, est une expérience de joie indescriptible: la joie de la libération. Cependant, la perte de soi ? sans laquelle il n’y a pas de libération, ? l’amoindrissement et la perte de nos illusions tenaces exigent de nous ces qualités primordiales aux yeux de saint Paul: la hardiesse, le courage, la foi, l’engagement et la persévérance. Ces qualités, plus banales qu’héroïques, nous permettent de respecter notre engagement en demeurant fidèles au pèlerinage, à nos deux séances de méditation quotidiennes et à la grande pauvreté à laquelle nous mène le mantra. Ces qualités ne sont pas innées, elles nous sont données par amour; l’Esprit nous les offre pour nous guider vers lui, vers un amour profond. L’amour est la seule voie de la vérité ou de l’Esprit. Dieu est amour.

La découverte de son propre esprit conduit l’homme vers son centre créateur, à l’endroit d’où émane son essence et où celle?ci est renouvelée par la vie débordante d’amour de la Trinité. L’homme ne découvre totalement son propre esprit que dans la lumière du seul Esprit, tout comme l’amour de son prochain le soutient et l’enrichit. Il ne se connaît lui?même que dans la mesure où il se laisse connaître par son prochain. Pour se voir lui-même, l’homme doit voir l’autre car la voie de l’individualité est celle d’autrui.

Il faut voir davantage dans ces déclarations que de simples réalités abstraites. Certes, notre pensée rationnelle peut, guidée par l’Esprit lui?même, commencer le processus de renaissance dans l’Esprit et nous mener à la découverte et à l’épanouissement de notre propre esprit, mais aucune expression purement conceptuelle ne saurait remplacer l’expérience de notre vrai soi. On ne peut substituer l’auto?analyse intellectuelle à la véritable connaissance de soi au plus profond de notre être. Nous pouvons emprunter à un grand nombre de traditions beaucoup de mots et de termes pour exprimer le but de la méditation, de la prière. Permettez?moi de ne proposer ici que cet objectif préalable: que dans le silence de notre méditation, en demeurant attentifs à l’Autre et avec un patient espoir, nous trouvions notre propre esprit.

Le fruit de cette découverte est riche de vérités. Nous savons alors que nous participons à la nature de Dieu, que nous sommes appelés toujours plus intensément dans les profondeurs bienheureuses de sa propre communion, et qu’il ne s’agit aucunement d’un but superficiel poursuivi par les chrétiens. En fait, si ce but est chrétien et vivant, il doit se trouver au centre de tout ce que nous faisons et désirons faire. Notre devoir, dit saint Augustin, est de redonner vie à l’oil de notre cour pour qu’il puisse voir Dieu. Cet oil, c’est notre esprit. Afin de réaliser notre vocation et d’étendre le Royaume chez nos contemporains, notre tâche première consiste à découvrir notre propre esprit, car il est notre lien vital avec l’Esprit de Dieu. Ainsi, nous prenons conscience que nous participons à la progression divine, et que nous partageons l’essence de Dieu, qui est harmonie, lumière Joie et amour.

Pour accomplir cette destinée, nous devons nous transcender, atteindre un état continu de liberté et de renouvellement perpétuel et réaliser le passage total vers l’autre. Lorsque nous méditons, nous atteignons cet état en renonçant aux mots, aux images, aux pensées et à tout ce qui est sans importance, éphémère et accessoire, et même à la conscience de soi. Nous devons avoir le courage d’être entièrement attentifs à l’Absolu, à l’éternel, au centre. Pour découvrir notre propre esprit, nous devons demeurer silencieux et permettre à notre esprit d’émerger des ténèbres où il a été refoulé. Pour nous transcender, nous devons demeurer immobiles. La voie du pèlerinage est celle de l’immobilité; la voie du pèlerin est celle du mantra.

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