Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

27e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

La vie de disciple

Les apôtres dirent au Seigneur : Augmente en nous la foi. Le Seigneur répondit : Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous auriez dit au mûrier que voilà : Déracine-toi et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi. Qui de vous s’il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour de champs : Vite, viens te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu.; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour ? Doit-il savoir gré à ce serviteur d’avoir fait ce qui lui a été prescrit ? Ainsi de vous ; quand vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes de pauvres serviteurs ; nous n’avons fait que ce que nous devions.

Commentaire :

Ce passage de saint Luc contient deux éléments essentiels : la puissance de la foi, et la gratuité absolue du service de Dieu. Luc entend souligner ici l’efficacité de la foi qui obtient tout ce qu’elle veut de Dieu et la nécessité de servir avec humilité. Ce que la foi nous obtient est une grâce, elle n’est jamais un titre de gloire.

Par la voix de Luc, Jésus avait préalablement présenté quelques pensées sur l’argent (6:1-13) et mis ses disciples en garde contre les scandales et les défis du pardon fraternel (17 :12-4. La demande faite ici par les apôtres et non plus les disciples, présente une donnée essentielle. Il s’agit de foi. Les apôtres sont ceux qui ont cru à la résurrection et leur mission consiste à appeler Juifs et Gentils à la foi jusqu’aux extrémités du monde. (24:36-49) La requête s’adresse au Seigneur : les apôtres lui demandent d’augmenter leur foi. On croirait entendre le cri du père de l’enfant possédé :Viens en aide à mon peu de foi. (Mc.9: 24). On ne demande plus un miracle, on demande la foi.

Pour Luc, tout au long de son œuvre, il n’est question que de foi, et celle-ci consiste à accueillir la parole de l’Évangile (8:12-13 ; 22:67), et s’engager avec Jésus (7:50 ;12:46) Dans cette montée vers Jérusalem, la foi est un don du Seigneur et il importe plus que jamais de la demander.

Jésus semble prendre pour acquis que les siens ont la foi ; ce qu’il proclame ici, c’est la puissance de la foi : si peu qu’on en ait, la foi peut déraciner un sycomore. L’image ne pouvait qu’étonner l’auditoire, pour qui la graine de moutarde était la plus petite des graines et le sycomore, le type de l’arbre indéracinable. Ce n’est point une recette de miracle que Jésus entend donner ici, mais souligner l’efficacité de la foi dans l’œuvre apostolique de la prédication de l’Évangile et la marche à la suite du Christ..

Or pour mettre en garde contre toute tentation de s’accaparer ce don de Dieu, et rappeler la primauté de la grâce matière de foi, la parabole est toute centrée sur l’esclave. Dans le monde gréco-romain, ce dernier appartient tout entier au maître, il n’a aucun droit. Quand il a accompli son travail, il n’a plus rien à attendre. Que les apôtres se reconnaissent totalement inefficaces devant Dieu, car à Lui seul revient toute l’initiative et l’efficacité de la mission.

Au moment où Luc instruit sa communauté, les apôtres ont probablement tous disparus. Leurs successeurs doivent demeurer persuadés de l’efficacité de la foi qui vient de Dieu et qu’il faut demander ; et de l’importance de reconnaître dans ses fruits l’action du Seigneur. Luc n’évince pas pour autant la récompense : une mesure débordante (6 :37-38). La fidélité sera certes récompensée, mais toute l’initiative vient du Seigneur qui appelle, suscite, conduit et achève.

Nous ne sommes pas des marionnettes, écrivait le père Loew o.p., mais nous devons agir uniquement par Lui, avec Lui et en Lui. Notre vie missionnaire, réponse à Dieu qui nous aime, vient de Dieu et doit retourner à Dieu. Nous sommes des êtres, des voix dont les harmoniques parlent de Dieu parce qu’elles viennent de Dieu. Telle est la vie du vrai disciple que Jésus appelle à sa moisson.

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